Les GHT, de la théorie à la pratique

Paris, le samedi 11 février 2017 – Les groupements hospitaliers de territoire (GHT) ont été lancés à marche forcée l’été dernier. Au-delà de la première impulsion, un grand nombre d’acteurs considèrent que beaucoup reste à faire pour que cette réorganisation puisse remplir ses promesses. Si une telle évolution n’est jamais indolore, la conception même de la réforme est discutée. Certains lui reprochent en effet une forme d’imprécision qui laisse le champ ouvert à des disparités très importantes.

C’est notamment la position exposée ici pour le JIM par Jérémie Sécher président du Syndicat des managers publics de santé qui revient sur cette réforme. 
 
Par Jérémie Sécher, président du SMPS (Syndicat des managers publics de santé)

A l’origine, les Groupements hospitaliers de territoire (GHT) reposent sur une bonne idée : rendre obligatoires les coopérations entre établissements publics de santé, dans une logique de gradation des prises en charge au service de la population. Cela étant posé, tout reste à faire dans un calendrier resserré. La mise en œuvre se révèle complexe, parfois même inadaptée à l’épreuve des faits.
Le Syndicat des manageurs publics de santé (SMPS), qui représente les directeurs et cadres de la fonction publique hospitalière, a soutenu l’esprit de la réforme, car elle s’inscrit dans la logique de stratégie de groupe public, qu’il promeut depuis longtemps. Au gré des réformes qui se succèdent, les établissements n’ont toutefois pas attendu les GHT pour se rapprocher : selon les données de la Direction générale de l’offre de soins (DGOS), il y avait, fin 2014, 368 directions communes. Le mouvement n’a fait que croître ces dernières années allant jusqu’à 50 % de directions communes à ce jour. Il faut désormais considérer que le principal outil pour la recomposition de l’offre hospitalière n’est pas le GHT, mais la direction commune.

Des disparités importantes qui trahissent une faille originelle

Un an après la publication de la Loi Santé, force est d’ailleurs de constater la très grande hétérogénéité des GHT. S’il existe 135 GHT en France, on relève autant de situations différentes que de GHT : le nombre d'établissements membres va de 2 à 20 ; la population desservie va de 130 000 habitants à 2 millions ! Certains GHT sont très intégrés, voire déjà en direction commune, et réfléchissent à des fusions ; d’autres auraient vocation à rester purement coopératifs, sans objectifs d’intégration. Certains GHT ont d’ores et déjà constitué des pôles inter-établissements : urgences, gériatrie, chirurgie… D’autres viennent tout juste de définir l’établissement support et sont encore loin de ce niveau de discussion.

D’aucuns se féliciteront de cette diversité qui illustre la prise en compte des différentes réalités territoriales. En pratique, cela traduit le "péché originel" du concept de GHT qui n’a pas choisi sa voie entre "intégration"  et "coordination" pour les partenaires du groupement. Le droit porte l’"intégration" pour tous, alors que le bon sens (conforme aux recommandations ministérielles) impose des approches coopératives souples pour les GHT les plus importants.

Une étape imparfaite

En témoignent les difficultés portant aujourd’hui sur la fonction "achats" : présentée comme une mutualisation des achats, il s’agit en réalité d’une délégation improbable de compétences qui fait peser des incertitudes juridiques et organisationnelles considérables, pour les établissements parties, les établissements support et les groupements de commandes existants. Alors que ces derniers, dont le futur semble hypothéqué, garantissent au fil des ans des gisements d’économies importants et indolores pour les communautés hospitalières.

Loin du "grand soir" revendiqué par certains, les GHT ne sont finalement qu’une étape imparfaite dans la nécessaire prise en compte de la dimension territoriale des prises en charges. De ce point de vue, l’élaboration des projets médicaux et soignants partagés constitue une indéniable avancée. Pour peu qu’ils reposent sur des partenariats concrets et une gouvernance territoriale respectueuse de chacun.

Alors que seuls 10 % des EHPAD publics sont rattachés à un GHT, faisons enfin le pari que les autres structures partenaires, sanitaires, sociales et médico-sociales, mais aussi les professionnels de santé de ville finiront, à terme, par s’y retrouver.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article