Les OGM sont probablement moins dangereux pour la santé que les mute news

Paris, le vendredi 13 juillet 2018 – En 2012, quelques jours après l’opération de communication ubuesque de Gilles-Eric Séralini dans le Nouvel Observateur pour présenter les résultats d’une « étude » qui devait mettre en évidence la toxicité d’un maïs génétiquement modifié et du Roundup et alors que l’ensemble de la communauté scientifique avait pris des distances très nettes avec des résultats fortement biaisés, sur le site de l’Association française pour l’information scientifique (AFIS), le rédacteur de Science et Pseudo Sciences, Jean-Paul Krivine était convaincu que jamais le Nouvel Observateur en réponse à son titre putassier ne titrerait un jour : « Non, les OGM ne sont pas des poisons ».

Aucun risque à court et à long termes

De fait, jamais pareille une n’a pu être lisible de la part du Nouvel Observateur ou de l’Obs, pas même ces derniers jours alors que l’étude qu’il médiatisait avec fracas a depuis été invalidée à de nombreuses reprises et notamment récemment par la publication de pas moins de trois expertises françaises et européennes. En effet au lendemain de la publication des « résultats » de Gilles-Eric Séralini, immédiatement pris très au sérieux par un pouvoir politique dont la prudence n’est pas toujours de mise, trois programmes de recherche ont été lancés par les autorités françaises et européennes concernant la toxicité des maïs génétiquement modifiés : GRACE, GTwYST et GMO90+. Les expérimentations mises en œuvre dans le cadre de ces travaux sont désormais achevées et les résultats présentés au mois de juin par l’Association française des biologistes végétaux sont sans appel. « Les résultats de ces programmes de recherche confirment l’absence d’effets sur la santé des maïs porteurs de MON 810 et NK 603 dans les études à 90 jours. (…) Les études à long terme (un an et deux ans), ne mettent en évidence aucun effet toxique des maïs analysés et n’apportent rien de plus que les études à 90 jours, comme l’avaient prévu les toxicologues. Ainsi, l’AFBV constate que ces nouvelles études réfutent les principales conclusions tirées des études de GE Séralini sur la toxicité des maïs « OGM » analysés : aucun risque potentiel n’a été identifié. En outre, elles contredisent ses propositions sur la nécessité de réaliser des études à long terme. Pour l’AFBV, il est donc important que les consommateurs européens soient maintenant informés des résultats de ces études qui devraient les rassurer sur la qualité pour leur santé des plantes génétiquement modifiées autorisées à la commercialisation et sur la procédure d’évaluation européenne, déjà la plus rigoureuse du monde » peut-on lire dans le communiqué de l’AFBV.

Aucune ligne à court terme

Mais cette dernière n’a pas été entendue. La reprise dans les journaux de ces informations a été quasiment nulle. Outre un article dans le Figaro ou sur le site d’Europe 1, les grands médias généralistes qui étaient si nombreux à reprendre les résultats de Gilles Eric Séralini en 2012 se sont presque tous tus ou ont préféré nourrir la controverse en donnant la parole au « chercheur » caennais et en parlant parfois de « guerre de communication » (semblant ici mettre sur le même plan les travaux de Gilles Eric Séralini et ceux financés par la France et l’Europe). Du côté de l’Obs, non seulement aucun « mea culpa », mais plutôt que de relayer sans nuance les résultats des travaux européens et français la rédaction a choisi d’interviewer Gilles-Eric Séralini pour qu’il puisse fustiger librement le détournement de financements publics pour « discréditer » ses travaux ! Un scandale, en effet, qu’il faille dépenser plusieurs millions d’euros pour répondre à des recherches dont le caractère biaisé ne faisait pourtant aucun doute.
Pourtant, le service de presse de l’AFBV a soigneusement fait son travail : les conclusions ont été envoyées à 150 journalistes et 250 parlementaires. « Même l’AFP n’a pas voulu passer une ligne » déplore Gil Kressmann porte-parole de l’AFBV dans une brève publiée par Challenge relayée par le médecin et blogueur Hervé Maisonneuve. Pour Gil Kressmann et Hervé Maisonneuve, ce silence redoutable pose la question à côté de celle des fake news des « mute news ».

Amour du sensationnalisme ou parti pris ? (ou les deux ?)

Quand les controverses pseudoscientifiques, les fausses alertes (ou alertes exagérées) sont très souvent l’objet d’une large couverture médiatique, les rétractations, les bémols, les remises en perspective passent très souvent largement inaperçues. L’absence de sensationnaliste dans le relai d’informations rassurantes explique probablement en partie cette tendance. Il n’est cependant pas impossible qu’il faille également en partie s’interroger sur les partis pris de certains médias dont l’opposition aux OGM peut les conduire à se montrer bien moins empressés à signaler l’inexactitude d’une étude incriminant ces plantes modifiées qu’à diffuser des résultats dont la fiabilité est pourtant fortement sujette à cautions.

Un champ de recherche déserté

L’affaire est d’autant plus dommageable qu’aujourd’hui les OGM, en raison de l’affaire Séralini, mais plus globalement de l’ensemble d’une couverture médiatique presque toujours négative, demeurent aujourd’hui presque totalement bannis de nos sociétés française et européenne. Sur le blog du scientifique agronome André Heitz, Devang Mehta un jeune chercheur qui travaille sur les OGM évoque son désarroi. « Voyez-vous, depuis quatre ans, je suis intégré dans un groupe de recherche suisse spécialisé dans la création d'organismes génétiquement modifiés, ou OGM (les scientifiques préfèrent utiliser les termes organismes génétiquement modifiés ou transgéniques plutôt que OGM). Et non, nous ne sommes pas financés par Monsanto, et nos OGM sont en grande partie libres de brevets. Néanmoins, lors de mes recherches sur les OGM et la création de plantes résistantes à des virus, il a fallu faire face aux réactions négatives (et ce de manière écrasante) que le sujet suscite chez tant de gens. Celles-ci vont des conversations quotidiennes s'arrêtant dans un silence gêné quand le sujet de mon travail est évoqué, aux trolls haineux sur Twitter, et même à la crainte occasionnelle que des contestataires puissent détruire nos recherches. Il n'est donc pas étonnant qu'après avoir terminé mon doctorat, je sois en partie enthousiaste et en partie soulagé de passer à un nouveau laboratoire pour travailler sur des questions plus fondamentales en biologie végétale : comment les plantes font pour contrôler les niveaux d'activité de leurs gènes » débute-t-il avant de signaler que de nombreux chercheurs eux aussi échaudés par la violence du discours contre les OGM abandonnent leurs travaux : « Les premières plantes GM disponibles sur le marché ont été développées au début des années 1990 dans des laboratoires financés par des fonds publics en Europe et aux États-Unis. Dans les années qui ont suivi, pas moins d'un quart des universités européennes ont arrêté leurs programmes de recherche sur les OGM, certains en raison d'une perte de financement et d'autres parce que les scientifiques ont quitté la sphère des OGM, lassés par les réactions et les critiques ».

Autisme, vaccins ou OGM, même combat !

Son évocation des croyances associées aux OGM révèle des similitudes avec les controverses autour des vaccins, ainsi que le même caractère belliqueux des militants. « Ma première expérience de l'intensité des croyances anti-OGM, je l'ai vécue lors d'une table ronde publique sur la brevetabilité des plantes et les OGM organisée par mes collègues. Le panel a été interrompu par un manifestant qui criait que les aliments GM étaient responsables de l'autisme des enfants de ses amis américains. Comme les panélistes ont essayé de l'expliquer, il n'y a pas de lien de causalité entre l'autisme et les OGM (ou les vaccins d'ailleurs), et les OGM se sont avérés être parfaitement sûrs pour la consommation humaine. Mais le contestataire a rejeté ces arguments d'un revers de main en faveur de ce qui ne peut qu'être décrit comme une croyance conspirationniste solidement chevillée au corps. Cela a vraiment montré à quel point les efforts des chercheurs en matière de communication scientifique pouvaient être vains. Des interactions de ce genre – en direct et sur les réseaux sociaux – se produisent tout le temps dans les discussions sur les OGM et les vaccins à travers le monde ». Mais au-delà de cette véhémence du grand public, le chercheur regrette l’attitude des autres scientifiques : « Trop souvent, les autres scientifiques ignorent la question des OGM, ou la traitent simplement comme une technologie dont nous pouvons nous passer (nous ne pouvons pas, soit dit en passant, si nous voulons nourrir 9 milliards de personnes d'ici 2050). Par exemple, c'est un secret de polichinelle au sein de la communauté scientifique végétale en Europe que les propositions de recherche sur les OGM ont très peu de chances d'obtenir un financement public. Ceci en dépit du fait que plusieurs agences européennes, sociétés scientifiques [il y a deux liens ici] et études financées par des fonds publics ont jugé que les OGM sont parfaitement sûrs et même qu'ils sont un outil précieux pour lutter contre la faim dans le monde ». Mais ce discours est souvent inaudible en raison de l’écart abyssal entre les pays pauvres auxquels les OGM pourraient bénéficier et les pays riches si soucieux de leur sécurité : « Un autre point qui rend la communication scientifique particulièrement difficile pour les chercheurs en OGM comme moi est l'énorme fossé entre les activistes anti-OGM du monde riche et les agriculteurs et consommateurs du Sud pour lesquels nous déployons notre science. En tant que scientifique indien travaillant en Suisse, je vois cela tout le temps au travail. Comment dois-je expliquer les conséquences de l'abandon d'une technologie qui peut aider à nourrir des millions de gens à des étudiants suisses qui jouissent du niveau de vie le plus élevé au monde ? Je n'ai pas encore trouvé la réponse, et je ne pense pas que je la trouverai un jour » se désole l’étudiant qui au-delà de cette haine du public et de la position « pseudoscientifique », selon sa propre expression, de certains chercheurs a fini par considérer une carrière dans les OGM comme « risquée » du point de vue professionnel.

Verra-t-on demain de la même manière des étudiants passionnés préférer éviter de travailler à la mise au point de nouveaux vaccins ? De technologies numériques ? De substances chimiques aux propriétés innovantes ? Enrichissante la lecture de ces différents articles sur l’affaire Séralini et les OGM ne vous conduira peut-être pas à une vision encourageante :

L’article de Jean-Yves Nau sur l’affaire Séralini publié dans Slate : http://www.slate.fr/story/164159/cancer-ogm-affaire-seralini-rebondissement

La mise au point d’Hervé Maisonneuve sur les Mute News : http://www.h2mw.eu/redactionmedicale/2018/06/les-mute-news-contribuent-aux-fausses-informations-de-ge-s%C3%A9ralini.html

Le témoignage de Devang Mehta sur le blog d’André Heitz : http://seppi.over-blog.com/2018/07/les-perils-de-la-recherche-sur-les-ogm-un-scientifique-s-exprime.html

Aurélie Haroche

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Vos réactions (2)

  • Quelle injustice !

    Le 16 juillet 2018

    Si ça n'est pas malheureux, tout le mal qu'on dit de Monsanto, un labo si honnête ! Et de tous ces bons labos qui sauvent l'humanité. Et de tous ces pauvres experts médicaux, représentatifs, qui aiment tant les vacances au soleil et les bons grands restos !

    F. Millo

  • Seralinimitable (ou minable)

    Le 22 juillet 2018

    Contrairement au Dr Millo, je suis surtout effaré par la fraude statistique, la fraude méthodologique, la fraude scientifique et la manipulation de certain biologiste de bazar qui fait passer ses opinions politiques avant la vérité. Ce mensonge dans le but de nuire me paraît beaucoup plus pervers que celui d'un ancien ministre des finances qui mentait pour se couvrir.

    Dr Jean-Fred Warlin

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