Les pharmaciens doivent-ils continuer à vendre de l’homéopathie ?

Paris, le samedi 22 juillet 2017 – Le débat n’a finalement guère pris d’ampleur en France. Pourtant, en Italie, il y a quelques semaines, la mort d’un jeune garçon qui avait été uniquement traité par des médicaments homéopathiques a soulevé un débat quant à la nécessité d’une mise en garde plus marquée contre la confiance aveugle que certains vouent à ces traitements et la perte de chance qui peut en résulter. En effet, alors que les défenseurs de l’homéopathie ont souvent pris pour habitude de mettre en avant l’innocuité de cette méthode pour amoindrir l’acuité des critiques, ce drame souligne que cette absence de dangerosité n’est pas totale.

Le sceau irremplaçable de la blouse blanche

Mais au-delà de telles extrémités, la large confiance accordée à l’homéopathie, confiance qui s’illustre par les autorisations officielles et la vente en pharmacie, contribue à accréditer l’existence de « soins », voire de « vérités » alternatifs. Ainsi, le pharmacien auteur du blog « La coupe d’hygie » remarque comment le statut de médicament permet à l’homéopathie de « décrocher le grall de toute pseudo-science : obtenir une crédibilité scientifique grâce à son association aux professionnels de santé. L’image de la blouse blanche lui donne une crédibilité que les autres pseudosciences n’ont pas. C’est pour cela que l’homéopathie est la médecine « alternative » la plus utilisée » décrypte-t-il.

Roue de la fortune

Pour ce pharmacien, lutter contre cet état de fait relève du devoir de sa profession. Il rappelle en effet plusieurs articles du Code de déontologie qui les y incitent très clairement. Le pharmacien « doit contribuer à la lutte contre le charlatanisme, notamment en s’abstenant de fabriquer, distribuer ou vendre tous objets ou produits ayant ce caractère » rappelle-t-il avant d’ajouter : « Le pharmacien doit veiller à ne jamais favoriser, ni par ses conseils ni par ses actes, des pratiques contraires à la préservation de la santé publique ». Or, pour l’auteur du blog, il ne fait aucun doute que l’homéopathie relève non seulement du charlatanisme, mais aussi d’une pratique contraire à la préservation de la santé publique. Il rappelle ainsi comment les médicaments homéopathiques sont des médicaments qui n’ont parfois aucune indication. « C’est la magie de la tradition » ironise-t-il avant de compléter : « C’est au professionnel de décider de l’indication. Alors imaginez-moi demain en officine. Un patient me demande de l’homéopathie pour son rhume. Je pourrais choisir son tube (…) au petit bonheur la chance. Et pourquoi pas après tout ? Cette méthode correspond à l’autorisation donnée par l’Agence. Et le pharmacien pourra vous raconter n’importe quoi. De toute manière, c’est lui qui décide de l’indication. Personne ne pourra contredire ma méthode dite de la roue de la fortune ». L’auteur de « La coupe d’hygie » relève encore que la perte de chance entraînée par l’homéopathie en fait une méthode contraire à la préservation de la santé publique.

Fleurs de Bach

Ainsi, plaide-t-il pour que les autorités sanitaires mettent fin à « l’incohérence » qui préside sur ces sujets. « J’aime beaucoup les vaccins homéopathiques vous savez. Car ils sont l’illustration de l’incohérence de l’Agence du Médicament face à l’homéopathie. D’un côté, elle approuve le nom de vaccin homéopathique et donne une autorisation à ce produit. Et de l’autre, elle publie en 2009 et en 2016 des alertes sur les risques de confusion avec les vrais vaccins. Félicitons l’Agence pour ce grand écart » réprouve-t-il. Le pharmacien incite également ses confrères à suivre les préceptes qui régissent leur profession. « Nous sommes nombreux en France à demander que l’homéopathie perde son statut de médicament et sorte du monopole pharmaceutique. Ce produit n’a rien à faire derrière le comptoir d’une officine. Au mieux sa place est devant. Dans la parapharmacie. Et encore. Il n’y a pas de raison qu’on refuse la présence des fleurs de Bach dans l’officine mais qu’on tolère la présence de l’homéopathie » résume-t-il.

Un gaspillage à dose homéopathique reste du gaspillage

Son rejet de l’homéopathie ne l’empêche pas de rectifier une erreur communément admise au sujet de ce secteur (c’est peut-être même son souci d’objectivité et de vérité exprimé dans son hostilité vis-à-vis de l’homéopathie qui trouve ici une nouvelle illustration). Il constate ainsi qu’il est régulièrement répété que les remboursements des médicaments homéopathiques s’élèvent à 700 millions d’euros par an. Tout en partageant évidemment l’idée que « l’argent public doit financer des traitements ayant démontré un service médical rendu suffisant. Et non pas une fumisterie scientifique », il note : « Ces chiffres farfelus sont repris assez régulièrement en évoquant le nombre d’infirmières qu’on pourrait embaucher. En réalité, le remboursement de l’homéopathie par la Sécurité sociale a été en 2011 d’environ 70 millions d’euros. Et non pas 700 millions ou 780 millions (…). Alors ramenés aux 257 milliards des dépenses de santé, le remboursement de 70 millions d’euros pour l’homéopathie ne forme pas une somme importante. Mais il n’empêche. On ne peut pas accepter ce gaspillage ».

Comptes d’apothicaire ?

Cette prise de position sans appel ne laissera sans doute pas indifférent, d’autant plus que le pharmacien ose finir sur une note particulièrement polémique dont il reconnaît lui-même qu’elle s’éloigne de la question première de l’homéopathie. « Après puisqu’on en vient à se demander combien d’aide soignantes ou d’infirmières la collectivité pourrait payer en plus avec les 780 millions de l’homéopathie (qui en réalité sont 70), j’aurais aimé que cette question se pose aussi quand la collectivité a décidé de donner 1 milliard d’euro en plus aux médecins. Car avec un milliard, je suis sûr qu’on aurait pu en embaucher des infirmières ou des aide-soignantes. Bien plus qu’avec les 70 millions de l’homéopathie. On aurait aussi pu augmenter le salaire des infirmières, des aide-soignantes et des sage-femmes. Mais on a préféré donner 16 mille euros en plus à chaque médecin généraliste » assène-t-il, ne pratiquant pas plus l’homéopathie pour les controverses que pour les médicaments !

A lire in extenso sur : http://lacoupedhygie.fr/index.php/2017/07/19/lhomeopathie-na-rien-a-faire-en-pharmacie/

Aurélie Haroche

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Vos réactions (33)

  • Des certitudes encore des certitudes...

    Le 22 juillet 2017

    Décidément, JIM.fr adore publier les articles de gens sont bardés de certitudes.

    Joël Delannoy

  • L'homéopathie tue ? Et les autres médicaments ?

    Le 22 juillet 2017

    Un mort par l'homéopathie pour combien pour les remèdes "normaux" ? On ne se suicide pas avec l'homéopathie, par contre avec les somnifères... Et il n'y a pourtant pas de polémique.

    Pierre Bérard

  • En libre service !

    Le 22 juillet 2017

    Je comprends son indignation mais c'est à l'évidence un chant du cygne. Les officines vont disparaître avant l'homeopathie. Et l'homéopathie sera en libre service au même titre que le sucre en poudre.
    P. Castaing

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