Les robots : alliés ou ennemis des infirmières ?

Paris, le samedi 4 novembre 2017 – La clinique du Parc à Toulouse a récemment fait la une des pages « technologie » en raison de l’accueil en son sein de Keylo, un robot qui se présente lui-même comme « l’assistante de chirurgie ambulatoire ».Ce dispositif est destiné à aider la clinique du Parc à atteindre l'objectif de 60 % d'interventions réalisées en ambulatoire. Il s'agit également de soulager les infirmières de certaines tâches administratives fastidieuses et chronophages. « Ce robot libère du temps au personnel médical pour se concentrer sur la technique » indique Matthieu Benozzi, directeur général de l’entreprise qui a conçu Keylo.

Oscar, Pepper, Hospi… une équipe déjà riche

Outre les robots chirurgicaux qui officient désormais depuis plusieurs années au bloc, Keylo est loin d'être le premier robot à investir l'univers hospitalier. Plusieurs d’entre eux dont les attributions sont proches du rôle des infirmières ont ainsi été présentés ces dernières années. Sans surprise, les japonais ont été les pionniers dans ce domaine avec par exemple la création d'un robot ours qui a pour fonction la manipulation des patients ou la mise en service d'Hospi un "assistant infirmier", qui peut par exemple gérer la distribution de médicaments. En Europe et en France également, les robots d'accueil se sont multipliés. En Belgique, Pepper, un robot humanoïde qui maîtrise une vingtaine de langues et se déplace sur roulettes joue les agents d’accueil à Ostende et à Liège. C’est lui notamment qui se charge de la longue liste des questions "répétitives" selon l’expression du patron de Zora Bots, l’entreprise qui a conçu le logiciel de fonctionnement de Pepper. En France, à l’hôpital d’Evreux, Oscar prend sous son aile les enfants hospitalisés. Sa présence, les jeux qu’il propose, son babillement permettent de favoriser la confiance des jeunes patients et d’atténuer la douleur de certains examens.

Une chance pour l’homme et les patients

Ces différents exemples mettent en évidence le rôle accru que les robots sont amenés à jouer dans l’univers hospitalier. Beaucoup observent cette évolution de manière positive. Le philosophe Michel Serres, qui a notamment développé cette idée dans sa conférence L’innovation et le numérique, est convaincu que l’avènement des robots va permettre aux hommes de développer une plus grande créativité. Dans le domaine du soin, de la même manière, la place prise par ces outils doit permettre aux professionnels de se concentrer davantage sur les malades. « Les innovations technologiques vont recentrer le rôle du médecin sur la prise de décision et la relation avec le patient », défend par exemple le docteur Guy Vallancien dans son essai La Médecine sans médecin ? Le numérique au service du malade.

Un allié à surveiller

Cependant, au-delà de ces considérations générales, certains peuvent redouter que le soin soit déshumanisé. Matthieu Benozzi, directeur général de l’entreprise qui a conçu Keylo balaie cet argument en faisant valoir « Vous ne croyez pas que la relation patient-soignant est déjà déshumanisée avec les cadences actuelles ? ». Beaucoup partagent cette idée que le robot est d’abord un allié du soignant et notamment de l’infirmier. Le site Actu Soins avait ainsi imaginé une fiction décrivant le rôle de l’infirmier dans une quinzaine d’années dans laquelle le professionnel travaillait en bonne intelligence avec un infirmier du type Hospi. Mais certains mettent en garde contre le risque que les décideurs politiques utilisent l’existence des robots pour justifier les suppressions de poste. Or, les infirmières demeurent irremplaçables. « Le malade n’est pas un objet et le risque serait de transformer l’hôpital en usine à soins. Au-delà de son talent pour réussir une injection, l’infirmière défend la dignité du patient, elle l’aide à comprendre sa maladie ou à accepter l’idée que la fin de vie approche » défendait il y a quelques temps sur cette thématique dans le Journal du Dimanche, Thierry Amouroux, secrétaire général du Syndicat national des professionnels infirmiers.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (3)

  • Condescendance

    Le 04 novembre 2017

    La réaction de Thierry Amouroux est très décevante. Le seul argument qu'il trouve pour justifier le travail des infirmiers (et pas "infirmières", question de français) est leur gentillesse et leur empathie. On se croirait revenu au temps des bonnes sœurs ! Les infirmiers n'auraient donc aucune compétence scientifique et médicale qui leur permettrait de déceler une anomalie dans une prescription, de la renégocier avec le médecin, de repérer des signes d'évolution cliniques et paracliniques, ou de prendre une initiative ?

    J. Metais, IDE aux Urgences

  • Du grand n'importe quoi

    Le 05 novembre 2017

    Comment peut-on qualifier un robot d'aide d'une infirmière !
    Aucune empathie, aucun amour pour le malade. En plus il ne remplacera jamais la compétence professionnelle qui est valable dans tous les domaines de la santé et qui s'exerce comme un art. A quand les robots artistes ayant du sentiment et un ressenti ?

    Au fait j'espère que le robot saura interroger le malade sur son ressenti des soins en cours ou qu'il verra s'il est en syncope ou non !

    Du grand n'importe quoi. Uniquement par mesures d'économies de personnel et de compétences professionnelles on est entrain de perdre toute humanité.

    Richard Haas

  • Question de maîtrise...

    Le 06 novembre 2017

    Qui reste maître de la situation. Ça ne me dérangerait pas de travailler avec un robot, pourvu que comme les aide-soignants (ou les assistants infirmiers ?) j'ai accès régulièrement aux informations qu'il collecte. Qu'il puisse répondre à l'organisation que je lui imposerai : le travail d'une équipe de soins se réajuste tout le temps, à la faveur d'un imprévu, d'une urgence, d'un ajout de charge de travail ou de l'absence d'une collègue...

    S'il me décharge de tout ce qui est administratif, tant mieux ! Mais pour la distribution des médicaments où c'est quelque fois le seul moment où l'infirmier va voir des patients qui n'ont pas de soins infirmiers de la journée... je reste très dubitative.

    Quelques fois, il nous arrive de dire qu'un patient qui devient râleur est un patient qui va mieux. Tout simplement parce que c'est sa façon d'être, sa personnalité, "sa norme" et que lorsqu'il sombre dans un silence, une soumission, un retrait, c'est à interpréter comme une résignation et ce n'est pas d'un bon pronostic pour sa combativité nécessaire à son rétablissement et questionne sa santé mentale. Un robot n'aura pas ce 6ème sens qui fait sentir au professionnel qu'il se passe quelque chose d'anormal sans que le patient puisse l'exprimer.

    Charlaine Durand

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