L’impression en 3D peut-elle faciliter l’accès aux prothèses dans les pays pauvres ou en conflit ?

Paris, le samedi 15 juillet 2017 – Améliorer l’accès aux appareillages orthopédiques et notamment aux prothèses est une des priorités de l’association Handicap international. L’objectif est ambitieux : aujourd’hui, dans les pays à faibles revenus, « seulement de 5 à 15 % des personnes nécessitant un appareillage orthopédique (…) peuvent en bénéficier réellement » rappelle l’organisation. Dans les zones de conflit, la situation peut se révéler plus complexe encore, en raison de la difficulté d’accès aux personnels et aux matériels nécessaires. Face à cette problématique, Handicap international mène une réflexion pour déterminer à quel point les nouvelles technologies, tant dans le domaine de la communication que de la conception des matériels médicaux, pourraient être mises à profit : l’association a ainsi fait de « l’innovation » l’une de ses priorités pour la décennie à venir.

Des pays pauvres ou en guerre

Dans ce cadre, un projet pilote a été lancé dans trois pays, destiné à évaluer la faisabilité et l’efficacité de l’impression 3D pour produire des prothèses transtibiales. Les trois états sélectionnés, la Syrie, le Togo et Madagascar ont été choisis pour leur situation complexe. En Syrie, « les partenaires locaux sont obligés de travailler avec des installations rudimentaires et temporaires à cause de la situation instable, d’une logistique compliquée et du manque de ressources humaines qualifiées pour mettre en place des services de réadaptation complets » rappelle Handicap International. Au Togo et à Madagascar, c’est la pauvreté de l’ensemble des services qui est un obstacle majeur.

Une collaboration internationale

Le projet a bénéficié de la collaboration de ProsFIt, une entreprise internationale basée en Bulgarie, spécialisée dans les prises de mesure par scanner, les rectifications d’emboîture et l’impression en trois dimensions. Proteor SAS, une société française était en charge de l’approvisionnement en matériel, tandis que l’Université de Stratchlyde (Ecosse) a contribué à la supervision de l’étude. Dix-neuf patients volontaires ont été enrôlés (six au Togo, huit à Madagascar et cinq en Syrie). Il s’agissait d’adultes dont le moignon était stabilisé et porteurs d’une prothèse depuis au moins deux ans. Les sujets ont été divisés en deux groupes, pour disposer d’un groupe témoin.

Des technologies ambitieuses et coûteuses

Plusieurs avantages étaient attendus du recours aux nouvelles technologies et notamment à l’impression en 3D : la délocalisation des compétences et des infrastructures et la simplification du processus logistique. Concrètement, un scanner 3D, se caractérisant par sa petitesse et sa légèreté, a été utilisé pour la création du moule numérique. Ce dernier a pu ensuite être adapté aux spécificités du patient grâce à un logiciel de modélisation numérique. Enfin, l’impression 3D fabrique la prothèse sur mesure. Les résultats, qui viennent d’être présentés, mettent en évidence une meilleure participation des patients bénéficiant de la technologie 3D par rapport aux prothèses classiques. Cette adhésion est notamment liée à la possibilité d’un traitement à distance. Cependant, les responsables de l’essai pilote tempèrent en notant que « le nombre de candidats testés est insuffisant pour que l’expérimentation soit concluante ». Concernant les aspects technologiques, les prothèses obtenues sont « conformes aux normes de résistance et d’endurance ». Sur le plan organisationnel, les bénéfices recherchés ont été obtenus. Cette méthode permet en effet de prendre en charge plus facilement des patients vivant dans des régions éloignées ou dans des zones de conflits. Cependant, un obstacle majeur demeure : celui du coût qui dépasse celui des prothèses classiques. « Les coûts directs restent trop chers pour les pays africains à faibles revenus » commente Handicap international, qui estime que de nouveaux projets doivent être développés, notamment pour « réduire les coûts des manchons tibiaux, des composants et des imprimantes à travers des recherches plus poussées ». Séduisantes, les nouvelles technologies ne portent cependant pas encore entièrement la garantie d’un monde meilleur !

Aurélie Haroche

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