Malnutrition, les riches aussi

Belfast, le samedi 5 janvier 2019 – Il n’est qu’à observer l’outrance des réactions soulevées par la publication dans Le Monde d’une tribune signée par des personnalités d’horizons très divers promouvant des menus excluant un jour par semaine la viande et le poisson pour mesurer les passions que déchainent aujourd’hui les questions alimentaires. Il faut dire que ces débats sont sous-tendus par de multiples sujets, qui ne sont pas toujours l’objet d’une connaissance maîtrisée mais plus certainement le lieu de croyances dictées par l’émotion. On retrouve ainsi des considérations écologiques, sanitaires et ayant trait à la souffrance animale.

Sous couvert d’éthique, retour à la pauvreté

Que l’on considère ou non que certains présupposés (concernant par exemple les conséquences écologiques relatives à l’utilisation d’eau et d’énergie de l’élevage intensif) mériteraient d’être précisés, on ne peut que constater la popularité croissante des discours vantant les mérites personnels et collectifs des régimes sans viande, voire sans aucun produit d’origine animale. Ainsi, selon l’association britannique Vegan Society, le nombre de personnes converties à l’alimentation vegan en Grande-Bretagne a été multiplié par quatre en dix ans. Aux Etats-Unis, 5 % de la population a désormais exclu la viande de ses repas et la moitié d’entre eux sont vegan. Cette évolution vers une alimentation très différente du régime humain omnivore classique ne serait pas sans conséquence sur la santé. Dans une tribune publiée sur le site The Conversation, trois chercheurs de Belfast, Chris Elliott (biologie moléculaire), Chen Situ (biologie) et Claire McEvoy (orthodontie et biologie moléculaire) estiment que le véganisme fait dans les pays riches le lit d’une malnutrition dissimulée. Evoquant les déficits possibles et parfois rapportés en vitamine B12, en omega 3, en iode, en calcium et en vitamine D et signalant que les taux de fracture sont trois fois plus élevés chez les vegans que dans le reste de la population, ces chercheurs mettent en garde contre cette progression insidieuse de la malnutrition sous couvert de pratiques alimentaires jugées plus éthiques et plus saines.

Bio-fortification

Pour autant, les chercheurs se gardent de préconiser un brusque retour à la viande mais insistent sur le caractère indispensable des supplémentations pour les personnes qui choisiraient le véganisme. « La malnutrition sous-jacente est largement reconnue et est prise en charge dans de nombreuses régions du monde en développement à travers des programmes de bio-fortification bien organisés et à grande échelle. Il faudrait peut-être faire quelque chose de similaire pour lutter contre la faim cachée en Occident » concluent les auteurs.

Aurélie Haroche

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