Médecin de campagne

Nantes, le samedi 25 septembre 2021 – Pour ses patients, ce ne fut pas tout à fait une surprise et beaucoup éprouvent une certaine fierté face au parcours de leur praticien. Mais cela n’a pas empêché une réelle tristesse. En juillet, le cabinet a été fermé, comme cela avait été annoncé et préparé depuis plusieurs semaines. Les patients de la butte Sainte-Anne dans le quartier de Nantes devront apprendre à consulter d’autres praticiens.

Tour du monde

Pendant des années pourtant, le Dr Carine Rolland avait appris à se partager entre son activité de généraliste et son engagement auprès de Médecins du monde (MDM). Celle qui explique aujourd’hui qu’elle « n’aime pas faire les choses à moitié » a pourtant vu quasiment coïncider son entrée au sein de la célèbre ONG en 2009, dont elle a été élue présidente en juin, et l’ouverture de son cabinet, il y a dix ans, dans cette bretagne natale qu’elle chérit tant. Ses deux missions se sont en effet longtemps complétées. Carine Rolland, âgée de 50 ans, qui a profité de son externat pour rejoindre des dispensaires en Guinée ou au Mali aime à raconter que dans son cabinet en Bretagne : « En une journée, je faisais le tour du monde ». « Je pouvais recevoir une femme nigériane, un Érythréen, puis une personne âgée du coin… Les migrants n’étaient pas les seuls en souffrance psychologique ou sociale » confie-t-elle à La Croix.

Tout est politique

La prise en charge des migrants a cependant constitué la priorité de son engagement humanitaire. Après avoir été un temps bénévole au sein de MDM, sa première contribution majeure fut en effet la création d’un programme pour les Mineurs non accompagnés (MNA). A propos de ce dernier, Marie Hénocq, membre de l’association Cimade Bretagne louait en juin dans le Monde « sa capacité, au cœur du mois d’août 2015, au début de ce qu’on a appelé “la crise migratoire”, à mobiliser des réseaux multiples pour apporter une aide d’urgence aux jeunes à la rue, une aide juridique et alimentaire, et à ne pas lâcher l’affaire ensuite pour faire évoluer l’approche politique du sujet ». Dans la présentation de sa nouvelle présidente en juin dernier, l’association relevait d’ailleurs qu’elle s’est tout particulièrement impliquée « dans les instances nationales sur les thématiques et le plaidoyer liés à la migration ». Aujourd’hui encore, alors que débute réellement sa présidence après la période de latence de l’été, elle met la question des migrations au cœur de nombre de ses discours. D’une manière générale, la marque du Dr Carine Rolland à la tête de MDM pourrait être une approche plus politique. Elle remarque ainsi à propos de la campagne pour l’élection présidentielle qui débute : « Nos valeurs ne sont pas portées. Sur les migrations, en trente ans, aucun politique n’a eu le courage d’Angela Merkel en 2015. Il faut cesser de croire que l’Europe est envahie par les migrants ». Son ami, le Dr Benoît Letellier, urgentiste à Saint-Brieuc se souvient que cette dimension politique a toujours été présente chez Carine Rolland : « Etudiante déjà, elle avait une réflexion sur la marche du monde, s’intéressait à bien d’autres univers que la médecine et portait un engagement. Une femme qui déjà voyait loin et revisitait nos modèles de société ».

L’énergie d’une mère

Son regard sur la société française, dans le contexte de l’élection présidentielle, pourrait en outre ne pas se limiter aux questions concernant les migrations. Elle porte également un diagnostic très négatif sur notre système de santé et a pu expliquer que même sans son élection à la présidence de MDM, elle aurait songé à fermer son cabinet, tant l’épidémie de Covid a révélé les profonds malaises de la médecine de ville. Cependant, même en cette période pré-électorale, la nouvelle présidente de MDM ne pourra oublier la dimension internationale de l’association qui compte 60 missions dans 45 pays. Ses trois enfants, aujourd’hui adultes, qui ont mesuré combien ses différents engagements ne l’avaient pas empêchée d’être une mère présente sont convaincus qu’elle aura l’énergie suffisante pour répondre aux différents enjeux d’une mission aussi complexe que la présidence d’une association telle que MDM, en particulier dans une période complexe pour les organisations dépendant en grande partie de la générosité publique.

Léa Crébat

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