Nanotechnologie : pas encore la fin des lunettes

Jérusalem, le samedi 2 mars 2018 - Oubliez les lunettes et les lentilles. Une équipe de recherche israélienne vient de présenter un traitement qui pourrait (dans quelques années) traiter la myopie et l’hypermétropie simplement avec des gouttes. Jusqu’à présent, ce nouveau traitement a été testé uniquement sur des cochons, dans une étude pré-clinique menée durant deux ans, qui a semble-t-il permis une nette amélioration de la vue chez l’animal.

Il ne s’agit bien entendu pas d’un simple collyre, mais de « nanodrops », comprenez des gouttes contenant des nanoparticules. Il n’est pour l’instant pas précisé la nature exacte des molécules utilisées. Pour rappel, les nanoparticules sont des structures d’une taille inférieure à 100 nanomètres environ, échelle à laquelle les propriétés physiques sont différentes de celles que l’on constate à l’échelle macroscopique. Les nanotechnologies ont aujourd’hui des applications dans de nombreux domaines techniques, industriels, et scientifiques. Certaines font déjà partie de notre quotidien, citons par exemple les nanoparticules de dioxyde de titane, qui entrent dans la composition de certaines crèmes solaires pour les rendre plus fluides et agréables à utiliser. 

Un mécanisme d’action qui n’est pas encore révélé

Les chercheurs du centre médical Shaare Zedek et de l’université Bar-Ilan prévoient déjà que les futurs patients réaliseront eux-mêmes la mesure de leur réfraction sur une application dédiée. Cette étape permettra de créer une sorte de "patron" à appliquer par laser sur la cornée. C’est ce qui guidera les nanoparticules pour la correction de l’anomalie de réfraction. Des premiers essais devraient être menés chez l’homme cette année.

D’après David Smadja, un des ophtalmologistes à l’origine du projet qui s’est exprimé le 21 février lors d’une conférence à Jérusalem, les nanoparticules utilisées ici agiraient principalement par une action de nettoyage des "conduits oculaires". Les résultats précis de ces travaux n’ont pas encore été délivrés. On attend donc la publication de cette équipe pour vérifier qu’ils ne nous jettent pas de la poudre aux yeux…

Des nanotechnologies en ophtalmologie

Selon les chercheurs israéliens, cette technologie devrait être à même de fournir une correction multifocale aux patients traités, avec la même efficacité que des verres progressifs (c’est-à-dire quelle que soit la distance de l’objet à regarder). On ne connait pas le nombre d’applications nécessaires pour traiter les patients, ou encore s’il sera nécessaire de délivrer le collyre régulièrement pour maintenir un effet. Et bien sûr, nous en sommes encore très loin, mais nous n’avons aucune indication sur le coût potentiel d’un tel traitement.

Ce n’est pas la première fois que les nanotechnologies sont utilisées dans la recherche médicale, notamment dans le domaine de l’imagerie médicale (pour développer de nouveaux produits de contraste), des analyses biologiques, ou encore en thérapeutique en permettant de délivrer une molécule pharmacologique directement à un endroit précis de l’organisme à l’aide de « nanovecteurs ».
C’est justement dans ce domaine, et déjà en ophtalmologie qu’une équipe de chercheurs britanniques (1) a annoncé en 2014 avoir réussi à administrer le bevacizumab (un anti-VEGF) dans la partie postérieure de l’œil sans utiliser d’injection en provoquant la formation de liposomes contenant la molécule et capables de traverser l’épithélium cornéen. L’idée serait de permettre le traitement de la Dégenerescence Maculaire liée à l’Age sans injection intraoculaire. Il ne s’agissait « que » d’un modèle de rongeurs (rat et lapin), mais qui donne un exemple concret d’utilisation potentiel de ces techniques en médecine. 

Dr William Hayward

Référence
1. Davis BM, Normando EM, Guo L, Turner LA, Nizari S, O’Shea P, et coll. Topical Delivery of Avastin to the Posterior Segment of the Eye In Vivo Using Annexin A5-associated Liposomes. Small. 1 avr 2014;10(8):1575‑84.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article