Prométhée déchainé

San Francisco, le samedi 3 juin 2023 - Neuralink est une startup américaine neurotechnologique, cofondée par le fantasque Elon Musk. Elle développe des implants cérébraux, interfaces cerveau-machine. Il s’agit, pour l’instant, d’améliorer la qualité de vie des handicapés moteur, des aveugles et des patients atteints de déficits cognitifs. La firme a reçu l'aval de la FDA pour un essai clinique dans ces domaines.

Ce n’est pas la première entreprise américaine du genre à obtenir l'approbation de la FDA. Avant elle, Synchron a déjà reçu le précieux feu vert et a réalisé une première implantation en août 2022 chez un patient paralysé, lui permettant d'utiliser un ordinateur grâce à sa pensée.

La différence avec Neuralink ? Le rêve prométhéen d'Elon Musk, dont l'objectif à long terme est de rendre ces implants suffisamment sûrs et fiables pour qu'ils puissent être utilisés dans des procédures chirurgicales non liées à des problèmes médicaux et ainsi permettre une relation symbiotique entre l'homme et l'intelligence artificielle. Les clients de la firme pourraient alors dépenser quelques dizaines ou centaines de milliers de dollars pour doter leur cerveau d'une puissance informatique.

En pratique, une fois installé, l'implant serait invisible de l'extérieur et alimenté par une petite batterie rechargeable à distance. De la taille d'une pièce de monnaie, le dispositif comprend 1024 électrodes réparties sur 64 fils "ultra-flexibles et ultra-fins" capables d'enregistrer des signaux neuronaux, de stimuler des régions spécifiques du cerveau et de transmettre des informations à un appareil tel qu'un ordinateur ou un téléphone.

Neuralink vise également à révolutionner la chirurgie. L'entreprise a ainsi conçu un robot ressemblant à une machine à coudre capable d'insérer l'implant dans le cerveau du patient. Avec une aiguille plus fine qu'un cheveu humain, le robot fixe ensuite la puce dans le tissu cérébral, en évitant les vaisseaux sanguins. Selon Elon Musk, l'opération, réalisée sans anesthésie générale, ne prendrait pas plus d'une heure.

Pour l'instant, les prototypes ont été implantés dans le crâne d'animaux, dont des singes. En 2021, la start-up avait ainsi présenté un singe capable de jouer au jeu vidéo d'arcade Pong grâce à la pensée, ainsi que d'autres singes capables d'écrire des mots sur des écrans en suivant le mouvement du curseur avec leurs yeux.

Grosse colère d'Elon Musk et souffrance animale

La presse américaine s'étonne de cette autorisation de la FDA alors que le ministère de l'Agriculture des États-Unis a ouvert une enquête en décembre sur d'éventuelles infractions aux lois sur la protection des animaux. L'agence a rapporté que Neuralink avait sacrifié environ 1 500 animaux, dont plus de 280 moutons, cochons et singes, après des expérimentations invasives.

L'impatience et le caractère tyrannique de Musk seraient en partie à l'origine de ces dérives. Sous couvert d'anonymat, des employés de Neuralink ont révélé à Reuters que l'entreprise précipitait et négligeait des opérations chirurgicales, entraînant la mort d'un plus grand nombre d'animaux que nécessaire, tandis que Musk exerçait une pression sur le personnel pour obtenir l'approbation de la FDA. Le PDG de Tesla aurait notamment incité ses ingénieurs à accélérer les choses, sinon « nous serons tous morts avant que quoi que ce soit d'utile ne se produise » !

Quoi qu'il en soit, Musk conserve son rêve formulé en 2017 d'un « homme augmenté » dont la pensée, complétée par l'informatique, serait plus compétitive face au potentiel des intelligences artificielles. Il nourrit également l'espoir d'un homme télépathe.

Reste à savoir si l'homme est simplement une machine comme les autres...

F.H.

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