Prothèses : on peut toucher

Washington, le samedi 19 septembre 2015 – Ces dernières années, les concepteurs de prothèses ont suscité une véritable révolution en mettant au point des dispositifs de plus en plus performants, ayant la particularité de pouvoir être commandés par la pensée du patient. Ces prouesses, rendues possibles grâce au développement d’interfaces entre le cerveau et des programmes informatiques de plus en plus performants, transforment totalement l’utilisation d’une prothèse par les patients amputés. Elles leur offrent l’espoir d’une meilleure appropriation et donc d’une utilisation plus large.

Les Européens en pointe…

Tout en travaillant sur ces évolutions techniques exceptionnelles, les chercheurs se sont également concentrés sur les voies à exploiter pour permettre aux patients de retrouver, au moins en partie, le sens du toucher. Ainsi, il y a deux ans, une équipe de chercheurs suisses, allemands et italiens avaient rapporté une expérience inédite dans la revue Science Translationnal Medicine. Un patient de 36 ans avait retrouvé une partie de ses sensations tactiles, grâce à l’implantation d’électrodes greffées sur les nerfs périphériques de son bras (des électrodes qui ont cependant été retirées au bout d’un mois, conformément à la législation européenne). Un an plus tard, en Autriche, Wolfgang Rangger évoquait comment sa nouvelle prothèse de tibia et de pied avait pour particularité de lui offrir des sensations précises sur les éléments en contact avec elle, grâce à une dérivation des terminaisons nerveuses sensisitives présentes au niveau de son moignon pour qu’elles soient en contact avec son appareil.

… et une technique américaine également prometteuse

Aujourd’hui, c’est une équipe américaine qui fait sensation. Le laboratoire de recherche du ministère de la Défense américain (DARPA) vient de présenter les résultats obtenus chez un patient amputé de 28 ans. L’utilisation d’électrodes reliées à sa main installées dans le cortex sensoriel (soit une technique quelque peu différente de celles testées en Europe) a permis à ce patient de retrouver un sens du toucher. Pour l’évaluer, les chercheurs lui ont bandé les yeux et ont touché un à un chacun des doigts de la prothèse, demandant au jeune homme d’indiquer lequel était ainsi pressé. Sans erreur, le patient a pu désigner l’index, le majeur ou l’annulaire. Les choses se sont corsées, lorsque l’équipe a décidé d’effleurer deux doigts robotisés et non plus un. « Le patient a réagi en plaisantant, en demandant si quelqu'un essayait de lui jouer un tour. C'est comme cela que nous avons su que les sensations qu'il percevaient à travers sa main artificielle étaient presque naturelles » raconte Justin Sanchez, fier de participer à cette nouvelle étape dans la mise au point de dispositifs encore plus performants et répondant aux besoins des malades amputés.

Léa Crébat

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