Quel point Godwin de la critique de la restriction de la liberté est parfois usurpé ?

Paris, le samedi 24 octobre 2020 – Nous sommes nombreux à reconnaître que la loi édictée par Mike Godwin dans les années quatre-vingt-dix s’observe régulièrement : « Plus une discussion en ligne dure, plus la probabilité d'y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Adolf Hitler s'approche de un » assurait cet avocat américain en évoquant les conversations sur internet, même si cette remarque peut également concerner des disputes réelles. Cependant, la convocation de l’imaginaire nazi n’est pas la seule à devenir un automatisme. On constate également que les références à George Orwell et à son célèbre roman 1984 sont extrêmement fréquentes. Elles sont notamment régulièrement utilisées pour dénoncer la façon dont nos sociétés contemporaines instilleraient des pratiques et des réglementations insidieusement contraires à la liberté. Dans ce contexte, il n’est pas étonnant de voir l’auteur britannique régulièrement évoqué à l’heure où les mesures décidées pour limiter la propagation de SARS-CoV-2 sont  l’objet de déformations complotistes. Cependant, dans certains cas, faute de pouvoir trouver dans les lignes de 1984 la caution que l’on espère, certains n’hésitent pas à l’inventer. C’est ainsi que depuis l’instauration du couvre-feu a été partagée des milliers de fois une phrase attribuée à George Orwell déplorant : « En-dehors du travail, tout sera interdit. Marcher dans les rues, se distraire, chanter, danser... ». Le hic, est que cette formule, est introuvable dans les colonnes de 1984 comme l’ont révélé les journalistes du service de vérification des faits de l’AFP. Ces derniers ont également donné la parole à un spécialiste de George Orwell, Philippe Jaworski, professeur émérite de littérature américaine à l’université Paris-Diderot qui est "absolument certain qu'elle ne vient pas de 1984". Le spécialiste n’ignore pas que George Orwell « est utilisé comme caution politique et intellectuelle, comme une espèce d’étendard contre toute forme de décision qu’on voit comme un abus d’autorité et une contestation de la liberté individuelle » et que ces maximes sont souvent utilisées car son sens de la formule est toujours percutant. Malheureusement, ici « l’expression ne sonne pas du tout comme du Orwell » relève l’universitaire.

N’est pas un génial visionnaire qui veut.

A.H.

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