Quelle carte postale n’annonce pas que des bons vœux ?

Paris, le vendredi 1er décembre 2017 – La période des fêtes de fin d’année demeure un des rares moments de l’année où parmi les publicités et factures qui ornent nos boîtes aux lettres, on peut découvrir, avec émotion, une lettre ou une carte manuscrite, nous transmettant des bons vœux pour les mois à venir. Si la tradition est de moins en moins suivie, l’utilisation par certaines associations des cartes de vœux pour inciter à la solidarité permet de la faire survivre. Quand on se sent l’âme en fête, il est difficile de résister à des phrases telles que « Parce que le partage est la base d’une bonne action ».

Faire taire ceux qui ne disent pas comme vous

Et pourtant, parfois, il faut savoir résister. Cette phrase a été glanée sur le site de l’association « Le droit de guérir ». Cette organisation qui a pu être associée au protocole national de diagnostic et de soin de la maladie de Lyme vient de lancer une opération "carte postale". Mais l’objectif n’est nullement de faire fructifier les bons vœux pour l’année à venir ou de récolter des fonds pour les personnes malades. Il s’agit d’intimider, de menacer et d’humilier. L’organisation propose en effet moyennant le tarif alléchant de 3,50 euros de recevoir un "kit cartes postales". Ce dernier se compose de douze cartes (dont le dos est orné d’une tique assortie du slogan « Vie brisée : un grand merci » et de la phrase « Nous connaissons le visage de nos souffrances ») et d’une liste avec l’adresse de douze personnalités. Il s’agit de 10 médecins et de deux journalistes. Pourquoi s’adresser spécifiquement à ces derniers ? Parce que selon l’association, ils véhiculeraient des informations qu’elle juge erronées sur la maladie de Lyme et qu’ils participeraient à la maltraitance des patients ! En réalité, ces cibles, dont certaines ont même pu s’exprimer sur le JIM, ne font que rappeler que les thèses arguant d’une forme chronique de la maladie de Lyme ne sont pas fondées scientifiquement et mettent en garde contre le risque d’orienter les patients vers de faux diagnostics et vers des traitements (notamment des cures d’antibiotique au long cours) au mieux inefficaces face à leur symptôme, au pire dangereux.

Mais ceux qui n’ont de cesse de défendre la possibilité pour les malades de s’exprimer et d’être entendus considèrent que cette même liberté ne doit pas être accordée aux experts, à ceux qui ont étudié cette pathologie pendant des années et qui ont soigné de très nombreux malades. Aussi, l’association incite-t-elle à l’intimidation : elle peut demeurer polie, à travers une invitation « à lire les articles » de spécialistes américains défendant la thèse d’une forme chronique de la maladie de Lyme, ou se faire bien plus menaçante quand elle choisit l'insulte.

Un honneur

L’affaire pourrait faire frémir. Cependant, le succès de la campagne est pour l’heure restreint (une quarantaine de cartes postales ont été envoyées selon une information qeu nous avons obtenue) ; signe qu’en dépit de l’agitation médiatique dont ils bénéficient, les partisans des "sciences alternatives" restent minoritaires. Par ailleurs, on peut se réjouir de la faiblesse des arguments déployés et de leur violence : ils sont le signe d’un déficit de preuves scientifiques. Enfin, outre bien sûr le fait qu’aucun défenseur de la vaccination ou d’une approche rationnelle de la maladie de Lyme ne s’abaisseraient à pareilles méthodes, certains pourraient considérer comme un honneur de recevoir une carte postale qui en faisant d’eux la cible de groupes quérulents  et pseudoscientifiques les désigne comme les tenants d’un discours rationnel et scientifique.

Aurélie Haroche

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