Quelle est la mode chez les scientifiques italiens depuis 2010 ?

Paris, le samedi 22 septembre 2018 – Considérée comme une méthode objective permettant d’éviter les dérives du népotisme et autres copinages, la bibliométrie comme outil d’évaluation des travaux scientifiques n’est cependant pas sans défaut. De nombreux exemples ont été donnés des limites d’un recours aveugle à la bibliométrie. Parmi elles, figure le risque d’une tendance inflationniste à l’autocitation. A cet égard, l'exemple italien pourra faire réfléchir. Comme le rappelait cet été la revue Nature sur son site, l’Italie a adopté en 2010 une nouvelle réglementation faisant du nombre de citations et d’articles publiés les critères premiers pour l’obtention de promotion. Il s’agissait d’en finir avec un système où la valeur scientifique importait bien moins pour espérer un avancement que ses relations.

Gestion de l’autocitation

Cette nouvelle ère n’a pas été sans effets contre-productifs, mis en évidence par une étude publiée dans Research Policy par Marco Seeber, sociologue à l’Université de Gand en Belgique. Analysant les pratiques d’autocitations de 886 chercheurs italiens entre 2002 et 2014, Marco Seeber et son équipe ont pu constater une très forte augmentation à partir de 2010 dans les domaines ayant adopté les nouvelles règles (ingénierie économique et de gestion, psychiatrie et génétique). Ainsi, chez les professeurs adjoints et agrégés en ingénierie économique et de gestion, les autocitations ont respectivement augmenté de 179 et 91 %, tandis qu’elles progressaient de 43 % chez les professeurs titulaires. Ces tendances n’étaient pas retrouvées dans les disciplines qui ne s’étaient pas pleinement converties à la bibliométrie ! Les auteurs ont également pu identifier la hausse d’autres pratiques délétères : l’abandon de certains domaines au profit de champs plus propices à la publication ou encore l’accroissement du nombre d’auteurs. Ces différents éléments témoignent une nouvelle fois des conséquences potentiellement néfastes d’une approche trop centrée sur la bibliométrie, même si les précédentes méthodes ne peuvent sans doute pas lui être préférées.

A.H.

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