Quelle idée reçue le laboratoire Chôros remet-elle en cause ?

Paris, le samedi 3 mars 2018 – Priorité désignée par l’ensemble des gouvernements depuis plus de dix ans, préoccupation centrale de l’Assurance maladie, leitmotiv des syndicats de médecins libéraux : la lutte contre les déserts médicaux est aujourd’hui un enjeu national. Difficultés pour obtenir un rendez-vous dans un délai raisonnable auprès de spécialistes, médecins prenant leur retraite sans parvenir à trouver un remplaçant, populations vieillissantes contraintes de multiplier les kilomètres : la réalité des déserts médicaux ne ferait aucun doute. D’ailleurs, les cartes s’intéressant à la densité des médecins sur le territoire sont éloquentes quant aux disparités flagrantes qui existeraient.

Pas de gens, pas de médecins !

Cependant, les géographes du laboratoire Chôros de l’Ecole polytechnique de Lausanne ont récemment apporté une appréciation un peu différente de la situation (et qui pourrait heurter certains). En utilisant non plus les techniques habituelles de cartographie, mais en recourant aux cartogrammes, qui reposent sur la comparaison entre la densité médicale et la démographie des régions, il apparaît que « l’emplacement des médecins généralistes » est « très homogène en proportion de la population », avait résumé une émission de France Culture en octobre dernier, alors que les travaux de l’équipe du géographe Jacques Lévy ont de nouveau été évoqués sur cette antenne cette semaine.

Pas forcément de dégradation de l’offre de soins

Jean-Nicolas Fauchille, urbaniste au laboratoire Chôros avait résumé les résultats de leur nouvelle cartographie : « Certes, la distance pour accéder au cabinet médical s'est rallongée pour une partie des Français. Mais la qualité globale du système de soins n'est pas forcément dégradée pour autant, même en rase campagne, grâce à un réseau de soins plus efficace. Des établissements de plus grande taille sont apparus, alors que fermaient des structures plus petites. Dans de nombreux cas, des spécialistes ou des établissements de soins se trouvent désormais à côté des médecins généralistes, ce qui favorise une meilleure prise en charge du patient. D'autre part, l'installation des médecins généralistes correspond aux mouvements de la population. Libres de choisir leur lieu d'activité, ils se sont progressivement, et naturellement, installés vers des espaces à densité de population plus forte » avait-il souligné, offrant une approche de la situation qui contraste très fortement avec celle habituellement entendue.

Contestations à prévoir

Certains remarqueront que cette analyse fait écho aux revendications de certains syndicats (notamment de jeunes médecins) qui font valoir que l’absence d’installation des praticiens dans les zones sous dotées est liée à la désertification globale de ces territoires par l’ensemble des autres services publics et privés. D’autres observeront que la désaffection que connaissent certaines petites structures hospitalières, qui offrent pourtant une plus grande proximité, entre en résonnance avec les conclusions de Jean-Nicolas Fauchille. Mais ils seront également nombreux à contester que des cartes puissent seules offrir une juste appréciation de la situation, quand elles ne permettent notamment pas d’appréhender les besoins spécifiques des populations en terme de santé.

http://archiveweb.epfl.ch/choros.epfl.ch/

Aurélie Haroche

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