Quelle pratique (à ne pas imiter) va peut-être sauver des milliers de vies ?

Londres, le samedi 18 novembre 2017 – Des médecins expérimentant sur eux-mêmes leur traitement, des chercheurs donnant leur sang pour accroître le nombre d’échantillons disponibles, des scientifiques convertissant leur intérieur en laboratoire : l’histoire et les légendes ont vu se multiplier les anecdotes de ce type. Steve Ludwin ne fait pas partie de ces cobayes expérimentateurs, il n’est pas plus atteint d’une maladie grave, mais c’est tout à fait volontairement qu’il s’est prêté à des essais très dangereux.

Eprouver sa résistance à la douleur

Steve Ludwin a toujours été passionné par les serpents. Cette fascination ne s’est cependant pas restreinte à l’acquisition de reptiles, à la consultation compulsive d’ouvrages sur les serpents ou au visionnage de reportages. Depuis trente ans, ce britannique s’injecte régulièrement de très petites quantités de venin, qu’il extrait lui-même. Comment expliquer une telle pratique ? Il s’agit de toucher au plus près l’espèce que l’on admire le plus, de s’exposer à un danger mythique et d’éprouver sa résistance à la souffrance. Le risque est important et Steve Ludwin a régulièrement mis sa vie en danger. Mais peu à peu, il a développé des anticorps contre les venins.

Des sérums moins chers et mieux tolérés ?

Ces derniers sont aujourd’hui l’objet des recherches de l’équipe de Brian Lohse, professeur à la faculté de santé et de sciences médicales à l’université de Copenhague. Depuis quatre ans, en utilisant des échantillons de sang de Steve Ludwin, cette équipe élabore de nouveaux sérums anti venins. Les premiers produits mis au point devraient être testés dès l’année prochaine. Ces nouveaux sérums promettent d’être moins chers que ceux actuellement obtenus à partir d’animaux et devraient être associés à moins de réactions allergiques. Il s’agirait donc d’une avancée importante alors qu’entre 80 000 et 140 000 personnes meurent chaque année d’une morsure de serpents.

Inimitable

Cependant, Brian Lohse ne peut que réprouver l’habitude si singulière et dangereuse de Steve Ludwin. « La science et peut-être les futures victimes de serpents peuvent remercier Steve pour ses efforts, mais d’un autre côté, il est très risqué de s’autoimmuniser ainsi » remarque Brian Lohse. Steve Ludwin qui assure ne pas s’inscrire dans la même lignée que le chanteur des Doors, Jim Morrison, qui avait frôlé à plusieurs reprises l’overdose de venins de serpents (!), reconnaît cependant lui-même les très grands risques de cette pratique qu’il ne recommande à personne en dépit de ses prétendus effets bénéfiques sur la santé.

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (2)

  • Mithridate

    Le 18 novembre 2017

    Steve Ludwin a pratiqué la mithridatisation. Mais le roi Mithridate ne recherchait pas un bénéfice pour sa santé, il cherchait une assurance contre la mort par empoisonnement (et il devra se suicider en se jetant sur une épée, car le poison qu'il s'est lui même administré s'est avéré inefficace).
    Rien de nouveau sous le soleil, sauf que Steve Ludwin passe à la postérité pour une bonne raison et que Brian Lohse sera oublié...

    Dr F.Chassaing

  • Idée de rachat

    Le 19 novembre 2017

    On est étonné de ne pas voir converti les peines de mort en peine de prison à vie avec obligation de participer la recherche médicale ce qui permet au prisonnier de payer ses frais d'hébergement et de racheter sa faute en sauvant des vies apres en avoir prises.

    Je suis un fervent opposant à la peine de mort pour son irréversibilité qui ne permet jamais de revoir le procès à la lumière d'événements nouveaux et non pas par sensiblerie mal placée.

    Aussi que les âmes sensibles sachent que les animaux eux qui se "prêtent" ou se donnent à ces expérimentations ne sont jamais volontaires et que les volontaires humains qui meurent pendant l'expérience sont par définition très mal informés au sens que donne à ce verbe les doctes académiciens qui critiquent la mauvaise information dans l'affaire du levothyrox !

    Dr François Roche

Réagir à cet article