Quels médecins se plaignent de gagner trop ?

Montréal, le samedi 10 mars 2018 – C’est un rapport au vitriol, dont l’équivalent en France aurait été l’occasion d’une levée de boucliers. Publié cette semaine, il analyse les conséquences des primes et autres hausses de rémunération mises en place des dernières années en faveur des médecins du Québec. La province « utilise de manière très dominante un mode de rémunération qui ne produit pas, ou pas suffisamment, les effets désirables qui sont attendus, mais qui produit des dysfonctionnements significatifs », peut-on lire dans cette analyse. « On a réussi, entre 2006 et 2015, à doubler l’argent qu’on a investi dans la rémunération des médecins, sans augmenter le volume de services », développe encore Damien Contandriopoulos qui a participé à cette étude, cité par le Journal de Montréal. Il apparaît ainsi que les rémunérations des généralistes ont augmenté de 78 % entre 2006 et 2015. Parallèlement, le nombre de jours travaillés diminuait de 4,5 %. Pourquoi travailler autant, quand on peut gagner plus !

Prime supplémentaire

Ces conclusions ne peuvent que raviver la polémique qui sévit dans cette province canadienne depuis quelques semaines après l’annonce d’une entente entre le gouvernement et les fédérations médicales, conduisant au déblocage de 1,24 milliard d’euros supplémentaires afin de faire progresser encore la rémunération des praticiens. Cette nouvelle prime a suscité des remous dans l’opinion publique, à l’heure où l’offre de soins n’est pas toujours optimale dans la belle province. Les infirmières, qui sont de plus en plus nombreuses à dénoncer leurs conditions de travail difficiles (le témoignage récent d’une infirmière photographiée en pleurs sur Facebook a rencontré beaucoup d’échos) ont également peu apprécié ce nouveau "cadeau".

Augmentations choquantes

Fait étonnant, plutôt que d’expliquer la nécessité de ces nouvelles hausses ou de déplorer à leur tour leurs difficultés, certains médecins paraissent abonder dans le sens de l’opinion publique et des infirmières. Ils sont ainsi aujourd’hui plus de 750, médecins et étudiants, à avoir signé une lettre ouverte au ministère de la Santé, dans laquelle ils indiquent leur refus des nouvelles hausses de salaires dont ils devraient bénéficier. « Ces augmentations sont d’autant plus choquantes que nos collègues infirmières et infirmiers, préposé(e)s, commis et autres professionnel(le)s subissent des conditions de travail très difficiles tandis que nos patient(e)s vivent avec le manque d’accès aux services requis à cause des coupures draconiennes des dernières années » écrivent ces praticiens. « Nous, médecins québécois, demandons que les hausses salariales octroyées aux médecins soient annulées et que les ressources du système soient mieux distribuées pour le bien des travailleuses et travailleurs de la santé » ajoutent-ils encore.

Bon usage

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette qui alors que certains médecins commençaient à évoquer dans les médias leur « embarras », voire « leur honte » face aux nouvelles hausses de salaire avait lancé : « S’ils se sentent trop payés, ils peuvent laisser l’argent sur la table et je vous garantis que je saurai en faire bon usage », se délecte des dissensions qui se font jour entre ceux qui regrettent et ceux qui défendent les augmentations de rémunération. Reste à savoir si réellement, il en fera « bon usage ».

Aurélie Haroche

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