Qu’est-ce que l’effet Scully ?

Paris, le samedi 5 mai 2018 – Certains estiment que les luttes féministes ont atteint leur objectif dans une partie des pays occidentaux. Les différences de traitement entre les sexes ne seraient désormais que marginales. De fait, de plus en plus rares sont les métiers, les activités ou encore les compétences refusés aux femmes. L’égalité apparaît de plus en plus proche. Dans les matières scientifiques, les filles pourraient même être en train de dépasser les garçons. Sur les bancs de l’université, par exemple en médecine, elles sont souvent plus nombreuses que leurs camarades masculins et excelleraient  davantage.

Des débuts de carrière prometteurs

Et pourtant. Les femmes ne sont toujours pas aussi représentées que les hommes ; loin s’en faut. Dans les domaines scientifiques, les intervenants lors des congrès ou les auteurs d’études faisant l’objet de publication sont encore majoritairement des hommes. Différents travaux ont mis en évidence ces disparités. Ainsi, une étude récemment publiée dans Nature Communications signale combien les chercheuses sont moins fréquemment susceptibles de présenter les résultats de leurs travaux que les chercheurs au cours de congrès et colloques. Pour expliquer ce déséquilibre, il faut rappeler que si les femmes sont plus nombreuses à la faculté et lors des premières années de carrière, leur part s’amenuise au fur et à mesure que l’on s’intéresse aux plus hauts niveaux hiérarchiques. La médecine n’est pas épargnée par ce phénomène : des travaux récemment publiés dans le JAMA rappelaient ainsi comment les neurologues masculins sont plus souvent auteurs de publications que les femmes.

Aux frontières du réel

Pour faire évoluer cette situation et permettre aux femmes de mener les carrières auxquelles les destinent leurs études, une véritable volonté politique est nécessaire, notamment pour améliorer la conjonction entre vie professionnelle et vie personnelle. Le rôle de l’image n’est également pas à négliger. Voir des femmes réussir dans des disciplines hier encore très masculines a nécessairement un impact sur les jeunes filles. Telle est la conclusion d’une étude conduite par le Geena Davis Institute on Gender in Media.

Cet organisme s’est intéressé à l’influence exercée par le célèbre personnage du Dr Scully, docteur en médecine et en physique, héroïne de la série culte X-Files qui connaît une position dominante qui n’a rien à envier à celle de son coéquipier Mulder. Aujourd’hui, aux Etats-Unis, les femmes représentent 48 % de la population active dotée d’une formation universitaire, mais seules 24 % officient dans le domaine des sciences, technologies, ingénierie et mathématiques (STIM). Or, le fait d’avoir été une adepte de la série, augmente de 50 % la probabilité d’exercer dans ces secteurs. Par ailleurs, deux tiers des femmes interrogées qui travaillent dans ces domaines ont indiqué que Scully avait pu jouer un rôle de modèle pour elles. « C’est ce qu’on appelle "L’effet Scully" : pendant la diffusion de X-Files, bon nombre de femmes se sont dirigées vers une carrière dans le domaine de la science » avait déjà remarqué Gillian Anderson, l’actrice interprétant le célèbre personnage.  Conseillère scientifique pour la série, le docteur Anne Simon confirme avoir observé l’effet à l’œuvre. « Pendant la cinquième saison de X-Files, je donnais un cours d’introduction de biologie à près de 500 élèves. J’ai décidé de demander à mes élèves combien d’entre eux s’étaient intéressés à cette discipline après avoir regardé la série. La moitié des mains se sont levées » explique-t-elle cité par Slate.

Il n’est pas toujours nécessaire d’être une vraie suffragette pour être une icône des combats féministes.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Le pays des droits de la femme...

    Le 07 mai 2018

    Dans la liste des cinq derniers ministres de la santé il y a quatre femmes. Mme Aurélie Laroche va sûrement nous rétorquer qu’il s’agit d’un ministère sans importance.

    Dr Pierre Castaing

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