Qui a intimé aux médecins américains de se mêler de leurs affaires ?

Paris, le samedi 17 novembre 2018 – Suivant les recommandations de l’American Academy of Pediatrics, les pédiatres américains sont nombreux à interroger les familles sur la présence d’armes à feu à leur domicile et à les alerter sur le risque qu'elles représentent pour de jeunes enfants. Cependant, dans certains Etats, ces avertissements n’existent pas. Ils sont considérés comme une violation de la vie privée. Une trace de l’action de la puissante National Rifle Association (NRA).

Interdiction des armes semi-automatiques

A l’image de ce conflit, les passes d’arme entre la NRA et les médecins américains ont été nombreuses ces dernières années. La tension connaît ces derniers jours un regain après la publication dans les Annals of Internal Medicine de plusieurs articles signés du College des médecins américains (ACP) qui une fois encore rappellent les dangers des armes à feu. Forts de leurs observations et de leurs études, les auteurs des articles préconisent une interdiction de commercialiser au grand public des armes à feu semi-automatiques et des chargeurs de
grande capacité et insistent sur l’amélioration du suivi des permis de port d’armes.

Tout le monde est concerné

Ces recommandations ont profondément irrité les responsables de la NRA qui n’ont guère usé de nuance pour manifester leur désapprobation. Dénonçant la faible qualité de preuve des études publiées, la NRA fustige : « Quelqu’un devrait dire aux médecins suffisants anti-armes à feu de se mêler de leurs affaires » avant de regretter que pour la constitution du dossier publié dans les Annals of Internal Medicine « la communauté médicale semble n’avoir consulté personne d’autre qu’elle-même ».

L’idée que les professionnels de santé puissent ne pas être concernés par la question des armes à feu a profondément heurté la communauté médicale. Les médecins se sont en effet toujours sentis impliqués sur ce sujet. Evoquant les tueries régulières qui frappent les Etats-Unis, Merrit Schreiber, professeur de psychologie à l’université UC Irvine faisait déjà remarquer il y a deux ans « Quand on additionne les morts, les blessés, le personnel d’urgence, les proches et tous ceux qui sont touchés de près ou de loin, ces massacres ont un impact sur chacun d’entre nous ».

Non aux trous de balle dans nos patients

Aujourd’hui, en réaction au message de la NRA, derrière le hashtag #thisismylane (c’est mon affaire), plusieurs médecins ont publié des photos de leurs blouses ou de leurs blocs ensanglantés après la prise en charge d’une victime d’arme à feu en insistant sur le fait qu’ils étaient parfaitement concernés par le problème. « Qui croyez-vous, retire les balles des colonnes vertébrales et tente de réparer les intestins anéantis par une AR-15 ? » s’est interrogée le docteur Jennifer Gunter, en pointe sur ces sujets. Un autre a photographié la « chaise sur laquelle je m'assois quand je dis aux parents que leurs enfants sont décédés. Comment osez-vous me dire que je n'ai pas le droit de rechercher des solutions à ce problème ? ». Outre ces réactions sur Twitter, plusieurs médecins ont publié une tribune dans le journal USA Today afin de rappeler leur souhait d’une réflexion sur la possession et l’usage des armes à feu. Professeur à l’université de l’Oregon, Esther Choo y résume le sentiment des praticiens : « Nous ne sommes pas opposés aux armes, mais aux trous de balle dans nos patients ».

Première cause de mortalité chez les enfants !

Le taux d’homicide par balle s’élevait en 2016 aux Etats-Unis à 3,69/100 000 habitants contre 0,2/100 000 en France. Des données publiées en janvier 2013 par le Boston Children’s Hospital rappelaient par ailleurs qu’en 2010, 6 750 enfants avaient été tués par balle (contre 13 décès par balle chez les moins de 25 ans recensés entre 1994 et 1999 en France) et soulignaient que leur risque de mourir ainsi était deux fois plus élevé que celui de mourir d’un cancer, cinq fois plus important que d’être tué par une affection cardiaque et 15 fois plus fort que de succomber à une maladie infectieuse.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Chacun regarde par sa fenêtre ...

    Le 17 novembre 2018

    Lors de mon dernier voyage aux USA, les autochtones s'apitoyaient sur les pauvres français victimes des terroristes (Nice, Paris ...) et, à les entendre on était en plein champ de bataille. Je n'ai rien osé dire quant aux morts par armes à feu qui s'accumulent chez eux. Le péril est autrement plus important que la menace terroriste chez nous. L'anomalie serait que nos confrères américains ne protestent pas.

    Dr Claude Krzisch

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