Qui confirme que comparaison n’est pas raison ?

Paris, le samedi 6 mars 2021 - Plusieurs enquêtes et études présentées sur le Jim le confirment : la santé mentale des jeunes serait une des grandes victimes collatérales de la pandémie. Au-delà de la souffrance psychique de quelques-uns, c’est l’avenir de beaucoup qui a été mis entre parenthèse avec l’obligation de se former à distance, de limiter les stages pratiques et les expériences professionnelles et d’oublier la vie sociale et les émotions de la jeunesse. Ce phénomène serait observé avec beaucoup d’attention par les pouvoirs publics, même si les représentants des étudiants estiment que la prise de conscience ne va pas au-delà des mots.

Bienvenus dans le vrai monde

Mais certains ne partagent pas ce diagnostic inquiet et se montrent facilement railleurs quand est évoqué le désarroi actuel des jeunes. « Dans quel monde vit-on ? Les jeunes de France vont mal, très mal. Les dépressions, les tentatives de suicide se multiplient. Il faut rester chez soi, on perd le petit boulot qui permettait de payer en partie le loyer de sa chambre. On ne peut plus se retrouver dans les amphis, ou faire la fête en éclusant des godets et en fumant des joints. On se lamente seul, face à soi-même, incapable de réagir. Alerte, danger ! (…) Que seraient devenus ces adolescents et ces jeunes adultes à subir les bombardements, réfugiés dans des caves ou dans les stations de métro, sous les hurlements des sirènes et les tremblements de terre à l'éclatement des bombes. Auraient-ils supporté les rafles, l'exode à marcher quasi nus sur les routes, mitraillés par les stukas. Qu'auraient-ils fait pendant les années de guerre d'Indochine et d'Algérie où le service militaire durait jusqu'à trente mois pour aller se faire canarder à Dien Bien Phu ou dans les Aurès, années qui virent près de cent mille jeunes hommes périr dans un combat perdu d'avance, sachant qu'aucune puissance coloniale n'a jamais gagné contre la volonté d'indépendance d'un peuple. L'enfant roi auquel on a laissé tout faire, tout essayer, au prétexte de ne pas le contraindre dans un moule au nom d'une idéologie pseudo-libératrice, se transforme en individu paniqué incapable de subir une contrainte, perdu, sans boussole qui lui indique la bonne direction à prendre » écrivait sans nuance dans les colonnes du Point le professeur Guy Vallancien il y a quelques semaines. Il poursuivait encore : « La jeune génération hyperprotégée, vierge de toute agression, de tout traumatisme un tant soit peu sévère se retrouve totalement paumée, n'ayant jamais connu le grand manque matériel ni l'angoisse d'une disparition (…) Quels combats pousseront les jeunes à se dépasser et en conséquence à subir les dangers, les réclusions, les tortures physiques ou morales inhérents à tout combat pour espérer ouvrer à un monde meilleur ? On ne peut que souhaiter de la part des jeunes de 2021 de s'engager dans des actions qui les mènent à affronter le monde réel dont ils viennent de toucher du doigt les dangers ». Le professeur Guy Vallancien n’est pas le seul à nourrir un tel discours. Par différents biais (télévisions, twitter), le Dr Laurent Alexandre a exprimé des idées très proches, évoquant lui aussi la guerre, les persécutions contre les juifs, ou encore les années Sida.

Vraiment le problème de la jeunesse ?

Il s’est toujours trouvé des âmes charitables pour considérer que les jeunes ont été trop gâtés et que les choses étaient bien plus difficiles « dans le temps ». Notre jeunesse n’a-t-elle pourtant pas été confrontée à la peur du terrorisme, la crise économique et maintenant l’inquiétude (même si elle est peut-être parfois exagérée) climatique ? Et surtout, la question est-elle seulement la plainte de ces jeunes où la constatation d’un écart entre les sacrifices qu’on leur impose et dont ils doivent être les victimes passives et la crise en question qui n’est en effet ni la guerre, ni le Sida. « La notion de survie lui est inconnue, ayant été élevée dans la sécurité et la propreté quasi absolue sans avoir pu sécréter les anticorps nécessaires à sa propre défense » assène Guy Vallancien à propos de la jeunesse. Apparemment les jeunes ne sont pas les seuls à ne pas avoir su sécréter les anticorps nécessaires à leur défense, ce qui est d’ailleurs la raison de la situation actuelle. Et si ce n’était pas seulement les jeunes générations qui étaient les symboles « d'une société hyperprotectrice qui n'offre plus les éléments de réponses aux agressions naturelles que nous vivons » ?

A.H.

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