Qui interdit à un diabétique de se soigner ?

Paris, le samedi 10 juin 2023 - Souffrant d’un diabète de type 1 depuis l’âge de trois ans, le joueur de tennis Alexander Zverev a eu maille à partir avec les organisateurs du tournoi de Roland-Garros.

Cette édition 2023 de Roland-Garros ressemble à une renaissance pour le joueur de tennis allemand Alexander Zverev. Un an après avoir subi une grave entorse grave à la cheville lors d’une demi-finale épique qui l’opposait à Rafael Nadal, blessure qui l’a écarté des courts pendant six mois, l’ancien numéro 3 mondial est de nouveau parvenu à atteindre le dernier carré à Paris, conquérant ainsi le respect et l’admiration du public. 

Une performance d’autant plus impressionnante que celui qui est actuellement 27ème mondial au classement de référence souffre d’une maladie particulièrement handicapante pour tout sportif, puisqu’il est diabétique de type 1 depuis l’âge de trois ans. L’Allemand a longtemps caché sa maladie avant de la révéler à la presse en août dernier. Il a d’ailleurs créé une Fondation qui porte son nom « pour venir en aide aux enfants souffrant de diabète de type 1 et aider les gens à prévenir un éventuel diabète de type 2 en menant une vie saine et active ». Celui qui a remporté 19 titres dans sa carrière dont la médaille d’or aux derniers Jeux Olympiques de Tokyo espère « montrer au monde qu’il ne faut pas se fixer de limite à cause de cette maladie ». 

Double faute de Roland-Garros

Si l’information a été fortement relayée dans le monde de la petite balle jaune, elle ne semble étonnamment pas être arrivé aux oreilles des organisateurs de Roland-Garros. Le champion allemand d’origine russe a ainsi expliqué lors de plusieurs conférences de presse que le tournoi parisien ne l’avait pas autorisé à s’injecter de l’insuline sur le court pendant les changements de côté, comme il le fait pourtant habituellement dans les autres tournois. 

« Sur le circuit ATP, je fais ça sur le banc, pendant les changements de côté, mais ici, ils ne m’y autorisent pas » a expliqué le joueur aux journalistes. Les organisateurs lui ont en effet indiqué qu’il était autorisé à s’injecter de l’insuline avec un stylo spécial mais uniquement dans les vestiaires. Problème : les joueurs ne sont autorisés à aller aux vestiaires qu’une fois par match, deux fois si le match dure cinq sets. Mais comme l’a expliqué le joueur, sur un match en cinq sets, qui peut parfois durer plus de cinq heures, il a parfois besoin de se faire jusqu’à cinq injections afin de réguler son taux de glycémie.

Même lorsqu’ Alexander Zverev est autorisé à aller aux vestiaires pour se soigner, les choses ne se passent pas forcément comme prévu. Il a ainsi raconté avoir eu un accrochage avec un membre de l’organisation lors de son match du 2ème tour. « Le superviseur est entré dans le vestiaire, il m’a vu faire mon injection et il a paniqué car il ne savait pas que j’étais diabétique. Il m’a dit « non, vous ne pouvez pas faire ça, un médecin doit venir vous faire l’injection ». Je lui ai dit qu’il faisait erreur, qu’un médecin non-spécialiste ne pouvait pas m’aider et qu’il ne savait pas la quantité d’insuline dont j’avais besoin, je lui ai dit que j’étais diabétique depuis l’âge de trois ans et que je savais ce que je faisais mais il n’a rien voulu entendre ». 

L’insuline, un produit dopant

Si les organisateurs du tournoi se montrent si sévères concernant le traitement d’Alexander Zverev, c’est parce que l’insuline fait partie de la liste des produits dopants établi par l’agence mondiale antidopage et c’est seulement parce qu’il a obtenu une exception thérapeutique que l’Allemand peut en utiliser. Selon le joueur allemand, la direction du tournoi lui a déclaré que cela pourrait paraitre « étrange » s’il était autorisé à s’injecter un produit au vu et su de tous. « Je ne trouve pas cela très malin, si je ne me soigne pas ma vie est en danger. Ils trouvent cela étrange : est-ce que j’ai l’air de me doper ? » s’est finalement emporté l’Allemand en conférence de presse. 

Ces critiques ont finalement été entendus par la direction du tournoi, qui a autorisé Alexander Zverev à s’injecter de l’insuline sur le court à partir des quarts de finale. Si l’Allemand venait à perdre en demi-finale contre Casper Ruud (à l’heure où nous écrivons ces lignes, le match n’a pas encore eu lieu), ce serait donc uniquement une raison de critères sportifs et non pas d’errances glycémiques.

Quentin Haroche

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