Qui trouve-t-on dans les hôpitaux indiens ?

New Delhi, le samedi 3 février 2018 – Bien qu’avec un accent légèrement inattendu, ils parlent eux aussi anglais. A l’instar des autres patients, ils manifestent la même inquiétude vis-à-vis de l’évolution de leur état de santé. Et généralement, ils s’adaptent à la vie de l’hôpital, soucieux comme tous les malades du monde, que leur prise en charge soit réussie. Mais ils ne sont pas Indiens. Pour rentrer chez eux, ils ne se contenteront pas d'un véhicule sanitaire léger, d’un taxi ou d’un train. Un billet de retour les attend à l’aéroport : ils vivent aux Etats-Unis.

Voyage inclus

Au cours des quinze dernières années, le tourisme médical a explosé en Inde. Après avoir mis en place des visas médicaux afin de booster cette activité en 2005, l’Inde en a délivré 170 000 en 2016, soit une augmentation de 45 %. Les Américains font partie des visiteurs les plus nombreux. Si les chiffres officiels manquent, et si la mise en place d’une meilleure couverture maladie par l’équipe d’Obama a freiné un peu cette tendance, on compterait néanmoins 300 000 Américains qui décident chaque année de voyager pour se soigner. Et l’Inde est une destination privilégiée. L’argent est la raison principale de ce choix. Le site Slate qui a récemment consacré un article à ce phénomène signale ainsi comment le changement d’une valve mitrale peut s’élever aux Etats-Unis à 130 000 dollars (honoraires du chirurgien non compris !),  quand la même intervention est facturée 10 000 dollars en Inde, vols, hébergement et frais médicaux inclus. La qualité des soins et la langue utilisée contribuent par ailleurs à justifier cette option.

Inégalités

Riche d’enseignement en ce qui concerne les difficultés rencontrées par nombre d’Américains pour se soigner à un prix abordable dans leur pays, cette tendance interroge également quant à ses conséquences pour le système Indien très inégalitaire (et à certains égards assez proche de celui mis en place aux Etats-Unis, relève Slate). Certains veulent croire que le tourisme médical a nécessairement un impact positif, parce qu’il injecte de l’argent dans le système mais aussi parce qu’il incite les médecins Indiens, souvent expatriés, à revenir au pays. La situation contribue également à une amélioration de la qualité des soins ; les hôpitaux souhaitant souvent adopter les normes les plus modernes afin de mieux répondre aux exigences des patients étrangers. Cependant, ces bénéfices restent inaccessibles à une large proportion de la population en raison des très fortes différences entre hôpitaux publics et privés. Privilégiés, notamment par les patients étrangers, ces derniers bénéficient, en outre au nom du tourisme médical, des bonus du gouvernement. Ces différents avantages sont financés au détriment d’hôpitaux publics surchargés, souvent en sous effectifs (les médecins privilégient les établissements privés) et qui ne sont pas toujours capables d’offrir les soins élémentaires aux patients les plus pauvres. Par ailleurs, les règles mises en place pour corriger les défauts du système, telle l’obligation pour les structures privées recevant des aides de l’Etat de réserver 10 % de leurs services d’hospitalisation et 25 % des services ambulatoires aux plus pauvres n’est pas toujours appliquée. Ainsi, les écarts se creusent entre ceux qui peuvent recevoir des soins de haute qualité, parfaitement dignes des standards occidentaux et ceux qui se pressent dans des hôpitaux vétustes et aux services souvent délabrés.

Au-delà du tourisme, la réalité n’est pas toujours une invitation au voyage.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Hôpital de New Dehli...

    Le 09 février 2018

    Hospitalisée lors de ses études universitaires qu'elle faisait en Inde en 2014, ma fille me téléphone affolée : "Maman, je vais mourir !" Totalement paniquée, elle m'explique qu'après lui avoir demandé sa religion, l'IDE et l'aide soignante se sont mises à prier au pied de son lit. Elle se pensait alors condamnée...

    Charlaine Durand

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