Qui tue chaque année des centaines d’enfants dans la région de Muzaffarpur (Inde) ?

Paris, le samedi 11 février 2017 – Dès les premiers cas, chaque année, les responsables des hôpitaux et des centres de santé reconnaissent le début de l’hécatombe. Le profil des malades est toujours le même : des jeunes enfants, amaigris, subitement victimes de fièvre, de convulsions, de troubles de la conscience. Un peu moins de la moitié d’entre eux décède. Diagnostic : encéphalopathie hypoglycémique. Cela dure deux mois, entre mai et juin. Ce sont des dizaines d’enfants qui sont ainsi enterrés, dans une désespérante fatalité. Et aux premières heures de juillet, le fléau s’arrête. Les centres  de santé reçoivent encore chaque jour leur lot de drames, d’enfances déchirées, mais ce n’est plus cette flambée incompréhensible.

De la Jamaïque à Muzaffarpur

Pendant des années, des chercheurs ont tenté de percer le mystère de la région de Muzaffarpur  en Inde. Pollution, exposition aux pesticides, infections liées à des animaux (rats ou chauves souris), les pistes ont été nombreuses mais se sont toutes révélées insatisfaisantes pour expliquer les morts des mois de mai et juin.

Enfin, une équipe composée de chercheurs américains et indiens a identifié le coupable : les litchis. Muzaffarpur est la seconde région du monde exportatrice de litchis. Cependant, en mai, les fruits ne sont pas encore murs. Cela n’empêche pas les jeunes enfants qui vivent aux alentours des vergers de s’en délecter. Des jeunes enfants qui font parfois d’une razzia de litchis leur seul repas de la journée. Or, c’est ce cocktail explosif entre la malnutrition et l’absence de maturation des fruits qui entraînent le développement d’encéphalopathie hypoglycémique. Les taux d’hypoclycines sont en effet d’autant plus élevés que le litchi n’est pas mûr. Or, les hypoglycines ont un effet délétère sur le métabolisme du glucose, notamment quand l’estomac est vide. Le mystère était résolu, grâce notamment au parallèle établi avec une autre pathologie proche, dite « des vomissements de la Jamaïque », liée à l’ingestion de fruits d’akée. Ces travaux ont permis depuis 2015 la diffusion de messages de sensibilisation auprès des familles afin qu’il soit rappelé aux enfants le danger de consommer des litchis en abondance avant qu’ils soient murs (surtout en absence de repas du soir) tandis que les professionnels de santé sont invités à corriger rapidement une hypoglycémie en cas de suspicion d'intoxication aux litchis. 

Cependant, d’autres investigations doivent être conduites notamment pour déterminer s’il existe des particularités génétiques favorisant le risque d’être victime de la maladie des litchis.

A.H.

Référence
Shrivastava A et coll.: Association of acute toxic encephalopathy with litchi consumption in an outbreak in Muzaffarpur, India,2014: a case-control study. Lancet Glob Health 2017; publication avancée en ligne le 30 janvier.

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Vos réactions (2)

  • Et les mangues ?

    Le 13 février 2017

    Dans "Un barrage contre le Pacifique", Marguerite Durras décrit un tableau semblable avec les enfants vietnamiens qui mangent des mangues trop vertes. Je m'étais interrogé en lisant cela sur l'authenticité de cette pathologie. Or ça ressemble beaucoup à cette affaire de litchis.

    Dr Jean-Paul Huisman

    Dr Jean-Paul Huisman

  • Les mangues "tueuses"

    Le 16 février 2017

    Une description détaillée du récit de M Duras évoqué par le Dr Huisman figure sur ce site:
    https://www.fichesdelecture.com/analyses-litteraires/marguerite-duras/un-barrage-contre-le-pacifique/la-mort-des-enfants

    Dr Alain Cohen

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