Qu’ont observé Michael Witt et son équipe dans une église polonaise ?

Varsovie, le samedi 11 novembre 2017 – La taphophobie était un mal répandu au XIXème siècle, notamment chez les hommes et les femmes d’esprits, dont certains imaginèrent parfois des processus pour contrer leur angoisse. Chez Frédéric Chopin, cette dernière s’était transmise de génération en génération. Il avait entendu son père sur son lit de mort demander que son corps soit ouvert avant l’inhumation, afin d’être certain qu’il ne subirait pas le sort désespérant d’être enfermé vivant dans son cercueil. Hanté toute sa (courte) vie par cette requête singulière, Frédéric Chopin demanda à l’approche de ses dernières heures que son cœur soit retiré de sa poitrine et envoyé dans son pays natal avant qu’il ne soit porté sous terre. Son vœu fut exhaussé et son cœur est conservé à l’abri des regards, telle une relique religieuse, dans un des piliers de l’Eglise de la Sainte-Croix à Varsovie ; une mise en scène qui contribue à l’adoration que les polonais vouent au célèbre musicien.

Et si le souffle haletant des mazurkas, c’était la mucoviscidose ?

Il n’y a pas de nom pour ce phénomène qui touche certains médecins du XXème siècle (et apparemment également du XXIème siècle), mais régulièrement les causes ayant provoqué la mort de grands personnages sont interrogées. Ne pouvant peut-être se résoudre à l’idée que des destinées extraordinaires soient terrassées par des pathologies parfaitement banales, ils tentent, comme des Dr House de l'histoire, de déterminer si d’autres troubles plus rares ne pourraient pas être suspectés.

C’est ainsi qu’alors que la tuberculose est très classiquement évoquée pour expliquer la mort à 39 ans de Frédéric Chopin, certains ont voulu supposer qu’il avait pu être atteint d’une mucoviscidose. Convaincu par cette thèse, le professeur Wojciech Cichy avait sollicité en 2008 la ville de Varsovie afin d’être autorisé à procéder à une analyse ADN du myocarde du compositeur, conservé dans le cognac, afin d’en avoir le cœur net. Mais les autorités s’y étaient refusées.

Probabilité forte

L’équipe de Michael Witt de l’Institut de génétique humaine de l’Académie polonaise des Sciences a eu plus de succès. Il faut dire qu’elle n’a nullement espéré pouvoir réaliser des analyses ADN (auxquelles elle se refuse) ni même souhaité que le cœur soit retiré de son fameux bocal. Il s’agissait simplement de pouvoir observer l’aspect du cœur ; ce qui n’avait pas été possible depuis 1945. La municipalité de Varsovie a consenti et Michal Witt et son équipe ont ainsi pu procéder à une analyse détaillée de l’aspect du cœur. Leurs observations les conduisent à conclure que le compositeur est selon une « forte probabilité » mort d’une péricardite, complication de sa tuberculose.

Note finale suspendue

Le dernier mot est-il pourtant écrit ? Pas sûr, puisqu’une analyse ADN n’a pas été réalisée et que certains espèrent qu’elle sera un jour possible. Elle permettrait de déterminer si la mucoviscidose doit définitivement être écartée, mais aussi si le cœur présent dans l’Eglise de la Sainte-Croix est bien celui du compositeur ; les désastres traversés par l’église pendant la guerre et après celle-ci permettant en effet à certains de douter de l’authenticité du myocarde.

Ainsi, surtout pour ceux qui le souhaitent, le mystère de la mort de Chopin reste entier.

Aurélie Haroche

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