Transcender la guerre

Paris, le samedi 11 novembre 2017 – Transcender. Faire oublier l’artifice pour dévoiler au plus près l’horreur. Telle est l’une des utilités de l’art. On pourrait lire des dizaines d’ouvrages historiques, regarder de savants documentaires pour connaître avec précision l’histoire de Josef Mengele et les exactions qu’il a commises. Le roman offre cependant une dimension supérieure à ces chiffres et ces données brutes qui ne permettent pas d’appréhender totalement, intérieurement, la perversité du personnage et le scandale qu’a constitué sa survie après Auschwitz. Ainsi Olivier Guez était convaincu que seule la forme romanesque lui permettrait d’approcher l’épouvantable pulsion macabre du docteur Josef Mengele. Le résultat, son roman, La disparition de Josef Mengele, qui vient d’être salué par le Prix Renaudot, est une confirmation de cette hypothèse.

Gueule cassée

Pour les victimes, l’art aussi est une arme. Pas une consolation, pas une rédemption. Mais une façon de faire éclater la réalité aux yeux de ceux qui ignorent les blessures, l’enfermement, les souffrances. Ainsi, le théâtre, le jeu d’acteur sont des instruments uniques pour faire ressentir le vécu de ceux dont le visage fut détruit par les obus de la première guerre mondiale. Nahuel Perez Biscayart, acteur qui est la révélation de cet automne cinématographique, héros du film Au revoir là-haut, réalisé par Albert Dupontel (tiré du roman de Pierre Lemaitre) insiste ainsi sur les liens entre son interprétation d’un soldat de 14-18 dont le bas du visage a été emporté par un obus et les plus anciennes techniques de théâtre. Nahuel Perez Biscayart était en effet privé de sa véritable voix et de l’ensemble des expressions de son visage (cachées par différents masques) pour interpréter Edouard. Il est pourtant parvenu à incarner parfaitement le personnage, sa douleur et son étrangeté au monde. « Le fait d’avoir supprimé en grande partie le potentiel de la voix et du visage, cela a produit un éveil du corps et une gestuelle qu’Albert Dupontel a voulu rapprocher de la commedia dell’arte » raconte-t-il ; suggérant lui aussi la force offerte par le film, tout autant témoignage sur la guerre que sur la nécessité de l’art.

Roman : La disparition de Josef Mengele, Olivier Guez, éditions Grasset, 18,50 euros, 240 pages

CinémaAu-revoir là-haut, d’Albert Dupontel, 25 octobre, 1h57

Aurélie Haroche

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