Un débat démocratique est-il vraiment souhaitable sur la vaccination ?

Paris, le samedi 20 février 2016 – Le ministre de la Santé a annoncé au mois de janvier le lancement d’une grande concertation sur la vaccination, qui devrait notamment s’intéresser à la question du caractère obligatoire de certaines vaccinations. L’ouverture de ce débat paraît inquiéter tout autant ceux qui dénoncent les effets secondaires masqués de la vaccination (qui seraient selon eux parfois supérieurs à son utilité) que ceux qui défendent quasiment sans nuance ses bienfaits.

Totalitarisme

Quelques semaines après l’annonce du ministre, l’Académie de médecine a ainsi salué cette initiative, tout en formulant quelques bémols, redoutant que les discussions et débats soient confisqués par les groupes anti vaccinations, qui seraient les plus prompts à s’exprimer sur le sujet. Pourtant, les mêmes membres de ces groupes sont pour leur part convaincus que leur parole sera muselée. Ainsi, sur leurs blogs, l’annonce de la concertation n’a guère immunisé contre la peur d’un "complot". Sur le très prolixe site belge Initiative citoyenne  était ainsi reprise une lettre d’un activiste opposé aux vaccins convaincu que les conclusions de la concertation sont déjà écrites. « Lors de cette concertation citoyenne sur les vaccinations, si vos intentions sont honnêtes, vous devriez inviter ces opposants honnêtes à s’exprimer librement. Jusqu’à présent, en matière de vaccinations, nous avons toujours eu droit à des débats à sens unique. Censurer les lanceurs d’alerte qui s’expriment sur internet relève du totalitarisme le plus vil, indigne d’un gouvernement qui se prétend socialiste » accuse-t-il affichant peu d’espoir que la situation soit cette fois-ci différente.

Le précédent de la concertation sur le dépistage

Cette crainte était déjà exprimée cet automne, alors que la concertation n’avait pas encore été officiellement programmée mais annoncée par l’auteur médecin généraliste du blog Dr Niide. De façon bien moins violente, il redoutait cependant également que la concertation ne soit pas réellement ouverte à l’expression de tous. Il en voulait pour exemple la tournure prise par le débat citoyen ouvert sur le dépistage du cancer du sein. S’adressant au ministre, il observait : « Madame la ministre vous avez annoncé un débat national sur la vaccination et une concertation sur le dépistage du cancer du sein. Fervent défenseur d'une prise de décision partagée, je ne peux qu'approuver une démarche associant la population à des décisions médicales. J'utiliserais bien le terme de démocratie sanitaire, mais son utilisation inadaptée en a galvaudé le sens. La présentation du site de concertation sur le dépistage du cancer du sein, douche immédiatement ces espoirs. Il ne s'agit pas de concertation sur le dépistage, mais de concertation sur son amélioration » observait-il avant de poursuivre à propos de la vaccination : « Votre souhait d'un débat sur la vaccination (…) fait suite à ce que vous appelez une défiance vis à vis de la vaccination. La vaccination est un terme générique recouvrant des situations bien différentes. (…) Remettre en cause l'efficacité de certains vaccins n'est pas synonyme d'obscurantisme anti vaccinal, pas plus que s'interroger sur l'efficacité du dépistage du cancer du sein par mammographie n'est synonyme de sexisme. Douter, s'interroger sur des résultats est le propre d'un scientifique. Le choix des patients nécessite des informations fiables. Ces informations manquent » estimait-il.

Le débat est-il le meilleur traitement contre la défiance ?

Ce généraliste semble donc peu convaincu du caractère réellement libre de cette concertation, en raison des causes de son lancement. De fait, on peut s’interroger sur la pertinence de la réponse face au diagnostic posé. Si le problème est une défiance vis-à-vis de la vaccination, un débat, qui suppose qu’un choix est légitime, est-il le meilleur traitement, plutôt qu’une lutte contre cette "défiance" à travers une plus grande transparence. D’une manière générale, les questions de santé publique sont-elles le lieu du débat citoyen, d'un véritable débat qui ne serait pas uniquement un simulacre et qui effectivement laisserait la parole à tous ? Si un gouvernement juge réellement la vaccination utile et fiable pour les citoyens, il n’est pas insensé, dictatorial de vouloir dans certains cas l’imposer dans d’autres fortement la recommander tout en offrant une information indépendante et transparente et des garanties quant à la sécurité des produits utilisés. Le débat semble avoir peu de place ici. Peut-on, doit-on réellement faire des référendums sur tous les sujets ? C’est la question que pose le journaliste et médecin Jean-Yves Nau sur son blog qui établissait un parallèle avec le référendum sur l’aéroport Notre Dame des Landes annoncé la semaine dernière. «  Des incohérences à tous les étages… une parole publique difficilement audible… des responsables ambivalents… des oppositions radicales… Un besoin de « relégitimation »…  Les similitudes ne manquent pas avec Notre-Dame-des-Landes. Et le temps pourrait ne plus être très loin où, pour crever l’abcès, on envisagera, en haut lieu, le recours à un référendum sur les adjuvants » prophétisait-il il y a quelques jours.

On pourrait ajouter, pour être provocateur, en occultant la question du caractère obligatoire de la vaccination qui, elle, relève bien du législateur, que vérité scientifique ou médicale n'ont que peu de rapport avec la démocratie, que la rotation de la terre autour du soleil n'est plus l'objet de débats et que les diagnostics ne sont pas encore portés à la majorité des suffrages dans nos hôpitaux...

Pour voter sur la concertation citoyenne, vous pouvez aller vous effarer à la lecture du site
Initiative citoyenne : http://initiativecitoyenne.be/,


Découvrir le blog du Dr Niide : http://dr.niide.over-blog.com/2015/10/lettre-ouverte-a-madame-marisol-touraine-ministre-des-affaires-de-la-sante-et-des-droits-des-femmes.html


et redécouvrir celui de Jean-Yves Nau : https://jeanyvesnau.com/2016/02/14/vaccins-seriez-vous-pour-un-grand-referendum-pour-ou-contre-lusage-de-laluminium/.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (9)

  • Poursuites pénales

    Le 20 février 2016

    Tous les professionnels de santé qui déblatèrent sur les vaccination en émettant des arguments sans la moindre valeur scientifique doivent être poursuivis en pénal car leur activisme entraînent des décès et ils doivent être condamnés à des lourdes amendes et même de la prison en cas de récidive. Les ligues anti-vaccination doivent être poursuivies au civil et condamnées aussi à de lourdes amendes de plus en plus lourdes si elles poursuivent leurs élucubrations. Enfin, ceux qui les subsident et qu'on connaît parfaitement, doivent aussi être poursuivis et leur nom affiché dans toutes les pharmacies.

    Dr Guy Roche

  • Proposition scientifique

    Le 20 février 2016

    Les opposants à la vaccination seraient ils disposés à etre le bras témoin (Non Vacciné) d'une étude de sujets exposés à la maladie ?

    Dr Xavier-Jacques Weber

  • Ca fait peur

    Le 20 février 2016

    De lire des commentaire comme ceux de Guy Roche. Une sorte de retour au moyen-âge et de l'inquisition. L'article est lui-même assez ambigu.

    Refuser le débat, c'est nier la démarche scientifique, c'est prôner la foi contre l'intelligence.

    Dr Dominique Dupagne (qui n'a aucun doute sur l'intérêt de la majorité des vaccins).

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