Un soutien-gorge pas très saint ?

Monterey, le samedi 13 mai 2017 – Côté pile, c’est le type d’histoire dont la presse (et pas seulement américaine) raffole. La carte sentimentale est pleinement explorée : Julian Rios Cantu avait 13 ans quand sa mère a failli mourir d’une récidive du cancer du sein. L’évolution rapide de la maladie de sa mère lui a suggéré l’importance d’un dépistage fréquent (même si sa mère pourrait être un cas atypique). A cette dimension affective, s’ajoute le succès précoce. Julian Ros Cantu, originaire de Monterrey (Mexique) n’a que dix-huit ans et est déjà le patron d’une petite entreprise prometteuse Higia Technologies. Or, le projet phare de cette dernière, développé avec trois camarades, la mise au point d’un soutien gorge contribuant au repérage des tumeurs du sein, vient de retenir l’attention des jurys du Global Student Entrepreneur Awards. Julian Ros Cantu et son équipe ont donc reçu 20 000 dollars pour développer leur dispositif. Voilà qui permet de remplir deux autres critères essentiels pour faire une histoire à succès : l’aspect technologique et la dimension sociétale.

Une firme américaine a déjà pris la température

Le soutien gorge de Julian Rios Cantu n’est cependant pour le moment qu’un bel objet marketing. Rose, il porte le nom évocateur d’Eva. Son fonctionnement n’est pas nécessairement innovant : à l’aide de biocapteurs, il analyse les variations de températures des seins des femmes. Les résultats obtenus (lors du port du soutien gorge durant 60 à 90 minutes par semaine) sont analysés par un algorithme et  transmis aux praticiens qui pourront déterminer l’existence de signaux inquiétants devant conduire à un dépistage plus poussé. L’idée n’est pas neuve : elle est également à la base du projet développé depuis plusieurs années par la firme américaine First Warning Systems, sans encore avoir abouti.

Par ailleurs, Cécile Bour, radiologue et membre de l’association Cancer Rose critique dans les colonnes du Figaro : « Le principe de ce soutien-gorge repose sur la thermographie, une pratique qui s’est développée dans les années 1970-1980  et qui consistait à regarder à l’aide d’une caméra thermique si l’afflux sanguin augmente à un endroit donné. Mais celle-ci a été abandonnée, en raison de son inefficacité ».

La course à l’autosurveillance

En tout état de cause, il est certain qu’avant d’être considéré comme un atout majeur du dépistage du cancer du sein, ce soutien gorge devra être évalué. Par ailleurs, même si son efficacité était démontrée, les limites du dispositif apparaissent déjà. Les tumeurs situées en profondeur pourraient ne pas être détectées par le système (ce qui est dommageable si les femmes éprouvaient un faux sentiment de sécurité et ne se fiaient qu’à ce dispositif) et la question des surdiagnostics se poserait avec une nouvelle acuité.

Mais Julian Rios Cantu est conscient de ces écueils et insiste déjà sur le fait que son système n’a pas pour vocation de remplacer la mammographie. Il l’envisage en outre pour l’heure plus certainement comme un outil de surveillance des patientes dont les prédispositions génétiques au cancer du sein sont connues. Néanmoins, au-delà de l’attente de résultats supplémentaires nécessaires pour se prononcer, l’émergence de tels outils pose la question du caractère potentiellement anxiogène d’une autosurveillance constante, se fiant aveuglement à des dispositifs technologiques.

Aurélie Haroche

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