Vous allez être reçu par Julia

Paris, le samedi 18 mars 2017 - Les délais d’attente pour un rendez-vous dans un service de psychiatrie ne cessent de s’allonger, connaissant des records dans certaines régions ou dans quelques disciplines (par exemple en pédopsychiatrie). La forte progression de la demande dans un contexte de plus grande précocité de la prise en charge de certains troubles (mais aussi à la marge d’une tendance à la surmédicalisation de quelques comportements) participe à l’accroissement de ces difficultés d’accès aux soins, particulièrement dommageables. Cet accroissement de la demande favorise en effet les diagnostics en urgence en situation de crise et altère la qualité des soins. Par ailleurs, cette situation empêche un suivi régulier dont bénéficieraient pourtant de nombreux patients pour améliorer leur acceptation de la pathologie et leur adhésion aux traitements.

L’intérêt pour le numérique

Dans ce contexte, le directeur de l’unité Sanpsy (Sommeil Addiction Neuropsychiatrie) au CNRS et praticien hospitalier au CHU de Bordeaux, Pierre Philip s’intéresse depuis plusieurs années à l'aide que pourraient apporter les nouvelles technologies. Les dispositifs existant actuellement n’offrent que « des réponses limitées qui ne correspondent pax aux attentes des patients en souffrance » estime-t-il. Cependant, le médecin espère faire évoluer cette situation grâce à la mise au point d’un avatar de psychiatre, capable d’établir des diagnostics d’addiction à l’alcool, de troubles du sommeil, voire de dépression.

Un système bien accepté par les patients et relativement performant

C’est ainsi qu’il a récemment présenté dans les colonnes de la revue Scientifc Report les aptitudes de Julia, un avatar, capable de conduire un entretien clinique. Pour renforcer le sentiment d’empathie, Julia présente des gestes et des mimiques proches des vrais humains, développés grâce à la technique de capture des mouvements. « L'entretien entre cet humain virtuel et le patient est construit à partir d'un référentiel médical validé, enrichi par des tournures de phrases et des interactions gestuelles et faciales renforçant l'engagement du patient dans l'échange », explique Pierre Philip. Quelque 179 patients ont accepté de réaliser une consultation avec Julia.

Premier enseignement, le dispositif est bien toléré par les patients : un score d’acceptabilité de 25,4/30 a en effet été obtenu. Par ailleurs, Julia a été capable d'un diagnostic dans la moitié des cas de dépression (17/35) repérés par un médecin de chair et d’os. Comme on pouvait le subodorer, c’est face aux patients les moins sévèrement atteints que l’avatar pêche. « La capacité diagnostique de cet outil augmente en fonction du niveau de sévérité des symptômes dépressifs » confirme Pierre Philip. Néanmoins, le praticien est satisfait de ces premiers résultats et espère que dans l’avenir un tel dispositif pourra servir de support pour les praticiens, notamment dans l’établissement d’un suivi plus rapproché des malades.

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article