Améliorer le choix d'un traitement antidépresseur : une mission pour l’IA ?

Montréal, le samedi 23 février 2019 – Qu’on la redoute ou qu’on considère avec une certaine distance des logiciels qui se caractériseraient principalement par leur puissance de calcul, l’intelligence artificielle (IA) est désormais incontournable en médecine. Les études testant, le plus souvent avec succès, des outils d’aide au diagnostic et au traitement reposant sur l’apprentissage par la machine à partir de très importants volumes de données sont en effet désormais légions dans les revues médicales. Certaines spécialités sont en pointe en la matière, telle l’oncologie. Dans d’autres, on constate des obstacles plus persistants. Telle la psychiatrie. Cette situation s’explique par les particularités de cette spécialité, qui a plus longtemps que d’autres conservé ses distances avec les principes de la médecine par les preuves et qui entretient dans certains cas encore des rapports étroits avec la psychanalyse, qui apparaît bien éloignée des présupposés de l’intelligence artificielle. Les plus grandes difficultés de recueil du consentement des patients pour permettre l’introduction de la puissance de calcul informatique dans la relation médecin/malade contribuent également à différer l’arrivée de l’intelligence artificielle dans le domaine de la psychiatrie.

Errance thérapeutique

Cependant, de la même manière que l’on a vu se développer des médicaments intelligents en psychiatrie (qui ne sont pas sans soulever quelques problèmes éthiques) ou des applications de suivi des patients, une équipe de l’Université McGill à Montréal réunissant des cliniciens, des ingénieurs et des étudiants travaille actuellement à l’élaboration d’un programme d'IA d’aide au traitement de la dépression. A l’origine du projet Aifred Health, dirigé par le docteur David Benrimoh, le constat qu’un grand nombre de patients atteints de dépression doivent multiplier les traitements avant de trouver celui le plus adapté à leur cas. « L’incapacité de prédire la réaction d’un individu face à un traitement de santé mentale est une barrière énorme à leur rétablissement », peut-on lire sur le site dédié à Aifred Health. Aussi, les spécialistes réunis au sein de cette équipe universitaire ont entrepris de développer un système d’intelligence artificielle qui grâce aux données provenant du patient et de son médecin, combinées à celles de la littérature, parviendrait à identifier les meilleures approches pour le patient (médicamenteuses ou non). Non content d’être une aide pour les praticiens, ce logiciel pourrait également être un outil de suivi pour les patients afin qu’ils prennent mieux conscience de leurs symptômes. Le docteur Benrimoh reconnaît néanmoins que face aux dépressions les plus sévères, où la participation des patients sera plus difficile à obtenir, le dispositif pourrait connaître quelques limites.

Sauver l’humanité !

Aujourd’hui Aifred Health est encore en cours de développement. Cependant, un premier prototype testé par des psychiatres de l’Hôpital général juif de Montréal aurait obtenu des retours positifs de la plupart des praticiens. Par ailleurs, le dispositif est en lice pour représenter la ville de Montréal au concours AI XPRIZE organisé par IBM. Cette manifestation a pour objectif de soutenir le développement de dispositifs d’intelligence artificiel susceptibles de « répondre aux défis de l’humanité ». Montréal a repéré 143 projets éligibles. Trente demeurent aujourd’hui dans la compétition pour recevoir un prix de cinq millions de dollars, dont Aifred Health, qui saura s’il fait partie des gagnants en 2020.

Aurélie Haroche

Référence
https://aifredhealth.com/fr/index.html

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