Carmat : le cœur artificiel qui s’exporte... mais ne s’implante pas en France

Paris, le samedi 18 mai 2013 – Vous vous souvenez des discours exaltant la compétitivité de la France, des marinières arborées comme des toges de victoire, du « made in France » prôné tous azimut ?

Carmat aurait pu être le visage de cette politique de défense de notre dynamisme. Entreprise biomédicale innovante, Carmat, créée par Truffle Capital en 2008 est en effet le produit de l’excellence française avec pour parrains le géant EADS d’une part et la fondation du professeur Alain Carpentier d’autre part. Le chirurgien cardiaque de l’hôpital européen Georges Pompidou, célébré dans le monde entier notamment pour les valves qui portent son nom, a travaillé pendant quinze ans à la mise au point d’un cœur artificiel total. Sa collaboration avec EADS lui a permis de gagner plusieurs batailles contre des obstacles technologiques de taille. Pour résoudre le problème de l’hémodynamique, des capteurs électroniques ultra sophistiqués qui s’adaptent automatiquement à la moindre demande de l’organisme ont ainsi été pleinement utilisés. Concernant la question des matériaux étrangers, qui a longtemps représenté l’une des difficultés majeures dans la mise au point des cœurs artificiels, le professeur

Carpentier a pu mettre à profit son expérience en tant qu’inventeur des bioprothèses valvulaires. Enfin, ses travaux ont également dû s’atteler à une donnée importante : la recherche de la taille et de la forme optimale de la bioprothèse. Au final, le cœur artificiel se compose de deux groupes motopompes séparés, simulant les deux ventricules. Outre ces deux éléments, on retrouve une commande électronique et des batteries relais.

Implantation en France : reportée sine die

Après le temps de la conception, est venu celui de l’évaluation et de l’autorisation du dispositif par les autorités sanitaires. Bien sûr, la fierté de Carmat aurait été d'être implanté prioritairement en France.

Lors de son lancement, la "petite" entreprise proclamait d’ailleurs, un peu trop ambitieuse, que la première implantation de son cœur artificiel aurait lieu en France en 2011. Mais deux ans après cette échéance dépassée, l’Agence nationale des produits de santé (ANSM) n’en finit pas de multiplier les étapes administratives et scientifiques. Après le dépôt d’une première demande d’autorisation d’essai clinique (AEC), l’ANSM exige désormais des expérimentations supplémentaires et notamment la réalisation de nouveaux travaux chez l’animal.

Centres d’excellence en Belgique, Pologne ou Arabie Saoudite

Cette prudence (ou cette lenteur ?) explique qu’aujourd’hui Carmat prenne son essor hors des frontières françaises. Cette semaine elle a annoncé avoir reçu le feu vert de quatre centres de chirurgie cardiaque pour entreprendre des essais cliniques. Il s’agit du CHU Saint Pierre à Bruxelles, du Silesian Center for Heart Diseases de Zabrze en Pologne, l’University Medical Centre de Ljubijana en Slovénie et du Prince Sultan Cardiac Center de Riyad en Arabie Saoudite. A ceux qui pourraient souligner que ces établissements n’ont peut-être pas le même prestige que certains centres français ou américains de pointe, les fondateurs de Carmat répondent : « Nous avons recherché des équipes qui excellent dans la transplantation cardiaque (...). Le centre polonais, par exemple, fait plus de transplantations cardiaques par an que l’Hôpital européen Georges Pompidou » signale le directeur général adjoint de l’entreprise, Patrick Coulombier.

Sauver des dizaines de milliers de vie chaque année

Peu importent d’ailleurs désormais à Carmat les réserves des uns et des autres : aujourd’hui les promoteurs du cœur artificiel français se félicitent de pouvoir entreprendre leurs essais. Ces derniers connaîtront deux phases. La première devrait inclure entre quatre et six patients et sera destinée à évaluer la sécurité du dispositif. Le critère retenu sera une survie d’au moins 180 jours avec le dispositif.

Dans un second temps, vingt patients recevront la prothèse et sera alors évaluée l’amélioration fonctionnelle et de la qualité de vie apportée par le cœur artificiel. Si les résultats se révèlent positifs, Carmat pourra alors tenter d’obtenir le marquage CE. Pour le professeur Carpentier, il s’agira de l’étape ultime d’un rêve de toujours. « Le cœur artificiel total Carmat pourrait, sous réserve de la réussite des essais cliniques, sauver chaque année la vie de dizaines de milliers de patients tout en leur assurant une absence de risque de rejet et une qualité de vie sans équivalent » s’enthousiasme la société. Et tant pis si les essais ne sont pas menés en France.

Alain Carpentier a aujourd'hui 80 ans...

Aurélie Haroche

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