Comment manier la pensée ?

Pittsburgh, samedi 22 décembre 2012 – Il ne fait désormais plus guère de doute que la prise en charge de la tétraplégie passera demain par la mise en place d’interface informatique traduisant les impulsions électriques du cerveau afin d’obtenir des mouvements par la seule force de la pensée. Les exemples se multiplient en effet de ces expériences réussies où l’on voit un patient paralysé réussir à actionner une prothèse. Ainsi, en avril dans Nature, l’exploit réalisé par Cathy Hutchinson était longuement relaté. Grâce à un micro réseau d’électrodes implanté dans son cerveau cette femme de 58 ans tétraplégique depuis 14 ans à la suite d’un accident vasculaire cérébral était parvenue, "simplement" en y pensant, à faire bouger un bras articulé. Cette réussite avait été orchestrée par l’équipe du Massachusetts General Hospital (MGH).

En un tour de main !

Nous ne sommes plus aujourd’hui à Boston mais en Pennsylvanie ou des chercheurs de l’Université de Pittsburgh ont obtenu des résultats tout aussi spectaculaires et encourageants. Chez une femme de 52 ans, tétraplégique depuis 13 ans, un réseau de 96 microélectrodes a été implanté dans le cortex moteur gauche. Une prothèse de main offrant « sept degrés de liberté » de mouvement indiquent les auteurs de l’étude publiée dans le Lancet, mise au point par l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne a été « connectée » à ce réseau d’électrodes. Après seulement deux jours d’entraînement, la patiente a été capable d’utiliser au moins trois des degrés de mouvement offerts par la prothèse. Après treize semaines d’exercice et de pratique, elle maniait la prothèse sans aucune difficulté, avec un taux de succès de 91,6 % entre ce qu’elle avait commandé par la pensée et le geste qui était effectivement réalisé par la prothèse. Les auteurs notent enfin qu’aucun effet secondaire n’a été rapporté, lié notamment à l’implantation des électrodes.

Reproduire les calculs naturels du cerveau

L’originalité des travaux de ces spécialistes de Pittsburgh est d’avoir utilisé une « approche différente » des autres équipes travaillant sur le même type de dispositif. Le professeur Andrew Schwartz qui a conduit ces travaux explique ainsi que l’algorithme qui a été choisi reproduit la façon dont les mouvements sont contrôlés par le cerveau d’un sujet non paralysé, ce qui explique que les mouvements obtenus soit plus précis.

En tout état de cause, cette expérience confirme une nouvelle fois la pertinence du développement d’interface « cerveau/ordinateur » et combien le projet conduit au sein de Clinatec, centre de recherche biomédical pluridisciplinaire installé à Grenoble visant à « miniaturiser » les réseaux d’électrode implantés dans le cerveau des patients est une piste prometteuse.

Aurélie Haroche

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