Et qui était soigné comme mon frère

Lausanne, le samedi 7 avril 2018 – Certains films de science-fiction, voulant parfois mettre en garde contre les dérives d'une technologie pourtant initialement inspirée par de bonnes intentions, imaginent que des individus pourraient être clonés dans le seul but de servir de réservoir d’organes pour les sujets à partir desquels ils ont été créés. Une telle extrémité soulève sans conteste de nombreuses interrogations éthiques. Heureusement, tant les développements de la science que notre vigilance ne conduisent pas à penser qu’un futur aussi sombre nous attend (à brève échéance tout au moins).

Digital twins

Cependant, l’idée de disposer de double miroir pour améliorer la performance de nos technologies anime un grand nombre de travaux de recherche dans des domaines variés. La notion de "digital twins" comme elle est parfois nommée a « pour principe de créer une réplique numérique de l’objet à étudier, sur laquelle on teste et mesure les effets de variables, processus ou scénarios qu’il serait impossible d’appliquer dans le réel. Un concept auquel les domaines de l’aéronautique, de l’automobile ou encore de l’astrophysique, notamment, font déjà recours » décrit l’Ecole polytechnique francophone de Lausanne (EPFL). Aujourd’hui, pour la première fois, un projet européen a l’ambition de l’appliquer à la santé humaine.

Cobaye numérique

Health EU, consortium mené par l’EPFL et l’Institute for human Organ and Disease Model Technologies basé aux Pays-Bas, auquel participent 90 scientifiques appartenant à 47 groupes de recherche de pointe de 16 pays européens, a pour ambition de créer pour chacun d’entre nous un avatar numérique, qui représentera une promesse d’amélioration exceptionnelle des soins. Cet avatar ne se contentera pas de réunir les informations de santé les plus précises nous concernant. Ce double médical pourra tester avant nous et pour nous les effets des médicaments, des prises en charge et appréhender les recommandations qui seront pour nous les plus efficaces. Utilisant de multiples dispositifs, des « capteurs portables » aux « implants » en passant par les « techniques de nanomédecine », ces avatars se démarqueront plus encore par l’utilisation d’ « organ-on-a-chip ». Ces puces électroniques sont destinées à recevoir des cellules afin de pouvoir tester « hors du corps humain, les fonctions biologiques d’un organe ou les interactions de plusieurs organes entre eux. L’action d’un médicament peut par exemple être mesurée en amont, prévenant ainsi des effets secondaires parfois extrêmement nocifs et permettant d’adapter le traitement au plus près des besoins du patient » décrit l’EPFL.

L’éternelle question de la sécurité des données

Les promoteurs de ce programme espèrent pouvoir ainsi révolutionner la façon de traiter les problèmes de santé, explique Adrian Ionescu, professeur de nanoélectronique à l’EPFL, un des coordinateurs du projet.

Présentant de très nombreux avantages, avec en outre la promesse d’une diminution du nombre de tests sur les animaux, un tel dispositif peut néanmoins susciter quelques inquiétudes, liées à la nécessaire sécurité absolue des données de santé. Ces considérations ne sont pas oubliées par les chercheurs et déjà Patrick Boisseau responsable du bureau de l’European Technology Platform on Nanomedicine estime que « l’Europe doit garder en la matière un approche souveraine ».

Des coûts importants avant des économiques certaines

Si ces avatars médicaux pourraient à terme (peut-être) contribuer à de sérieuses économies, leur développement nécessite des fonds très importants, évalués à un milliard d’euros pour dix ans. Aussi, Health EU concourt-il pour obtenir un financement européen dans le cadre des FET Flagships ( Initiatives-phare des Technologies Futures et Émergentes) promues par la Commission européenne. Cette dernière désignera début 2020 le projet qu’elle accompagnera.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Reservoir d'organe

    Le 07 avril 2018

    On se dirige vers une longévité quasi absolue pour les milliardaires qui peuvent se permettre de payer une équipe médicale de clonage. Et aussi bientôt une équipe de fourmis ouvrières non syndiquées qui ne penseront qu'a être rentable. Souhaitons que les cultures d'organe permettent d'épargner les vies des clones humains entiers! Peut-être y est on déjà ?

    Dr Bruno Doucet

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