La prise de sang sans douleur : est-ce vraiment pour demain ?

Paris, le samedi 24 février 2018 - Un garot, une seringue, une aiguille, et quelques tentatives plus ou moins douloureuses pour trouver la veine… A quelques détails près, la technique de la prise de sang n’a pas changé au cours des dernières décennies. Mais la prise de sang "classique" pourrait bientôt faire partie du passé. En effet, plusieurs entreprises promettent l’arrivée de dispositifs indolores de prélèvement, ne nécessitant pas l’intervention d’un professionnel. Alors la prise de sang à domicile "do it yourself", indolore, (et même pour certains) sans aiguille, est-ce pour bientôt ?

Plusieurs acteurs sont prêts à se partager l’immense marché de la prise de sang (environ 400 millions de prise de sang par an aux Etats-Unis tout de même). Le dernier challenger, Loop Medical, s’est dévoilé cette semaine. Start-up issue de l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL), on ne sait presque rien de plus de ce nouveau venu, qui tient à garder pour l’instant le mystère sur la technique proposée. On sait seulement que le prélèvement devrait se faire sans aiguille, et que le boitier, que l’on pose sur la peau pour récupérer une petite goutte de sang, serait connecté à internet pour assurer la traçabilité du prélèvement.

Des start-up et des géants

Mais deux start-up américaines sont également déjà dans la course. Le premier dispositif, Hemolink (de l’entreprise Tasso), a été l’objet d’une campagne médiatique de lancement en 2015. Il s’agit également d’un petit boitier en plastique, qui prélève le sang par capillarité, avec un système de ventouse. Points communs de tous ces nouveaux systèmes : le volume de sang est relativement faible (ici, 0,15 mL, contre 5mL pour nos bons vieux tubes), et le sang prélevé est capillaire (il s’agit essentiellement de sang artériel car la pression y est plus forte) et non veineux.

Un système basé sur une autre technologie est également en lice, baptisé TAP, pour "Touched Activated Phlebotomy" (proposé par 7SBio). Son design est proche (une petite boîte en plastique à poser sur la peau) et la technique consiste à prélever le sang avec une trentaine de micro-aiguilles traversant la peau à une vitesse prodigieuse (100 000 m/s !), permettant un prélèvement de sang indolore (d’environ 0,1mL). Présenté en 2017, le TAP a déjà été testé avec succès pour le dosage de l’hémoglobine glyquée. Le géant Google pourrait également s’intéresser au marché, un brevet déposé pour un système de prélèvement sans aiguille ayant en effet été déposé par la firme.

Les techniques sont donc au point, ou en passe de l’être. Mais à quoi cela pourrait-il servir ? D’abord, le caractère indolore, qui pourrait sembler anecdotique, faciliterait beaucoup les prises de sang dans certains services, au hasard chez les sujets âgés souffrant de troubles cognitifs, ou encore pour les enfants autistes. Mais c’est surtout un vrai changement dans notre organisation qui pourrait aller de pair avec l’arrivée de ces prélèvements très simples à réaliser. Sous nos latitudes, cela pourrait ouvrir la voie à d’importantes économies : en ambulatoire, en limitant les déplacements des professionnels de santé, à l’hôpital, en dégageant un temps précieux pour les infirmières. Dans les pays en voie de développement, s’affranchir de la nécessité d’un personnel qualifié pourrait grandement faciliter l’accès à la santé. 

Mais est-on vraiment prêts à adopter ces petits boitiers ?

Sur le plan logistique, le prélèvement à domicile nécessiterait de mettre en place tout un système d’acheminement des prélèvements vers les laboratoires d’analyse, tout en respectant la chaine du froid. Autre bouleversement important, la plupart des automates utilisés dans les laboratoires d’analyses sont faits pour les tubes de sang classiques (en tous cas pour les examens réalisés chez les adultes). Il faudrait donc remplacer un nombre considérable de machine. Il n’y a donc pas véritablement de limite technique (les prélèvements capillaires sont souvent utilisés en pédiatrie) mais on comprend que ces nouveaux outils ne seraient pas de simples gadgets qu’on intégrerait facilement dans la pratique quotidienne.

Et même si les contraintes logistiques et techniques venaient à être dépassées, il resterait une limite difficile à franchir : toutes les normes actuelles sont valables pour des prélèvements veineux. Si l’origine veineuse ou capillaire a peu d’impact sur bon nombre de tests (comme le bilan lipidique ou l’hémoglobine glyquée), certains examens réalisés très fréquemment, comme l’ionogramme sanguin, pourraient être difficile d’interprétation sur sang capillaire. Bref, garots et aiguilles ont encore quelques belles années devant eux.

Dr William Hayward

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