La promesse de merveilleuses images au terme d’un incroyable périple

Paris, le samedi 27 mai 2017 – Tristan aurait rêvé pouvoir ainsi suivre Iseult. Pendant trois semaines, des carnets de route ont donné des informations précises à ceux qui redoutaient pour elle la rudesse des cahots, les dangers de la route. Pourtant, Iseult est loin d’être une jeune fille délicate: elle pèse 135 tonnes et mesure 6 mètres de long, 6 mètres de haut et 5 mètres de large.

11,7 teslas

Iseult est le nom de code donné à un projet franco-allemand (rappelant ici que les scientifiques n’ignorent pas leurs classiques musicaux et littéraires et les échos autour du mythe de Tristan et Iseult entre la France et l’Allemagne) dont l’objectif est le développement de l’imagerie moléculaire par IRM à très haut champ. Fruit de la collaboration entre le Commissariat à l’Energie atomique (CEA), Guerbet, l’université de Fribourg et le constructeur Siemens, un aimant capable de produire un champ magnétique de 11,7 teslas a été acheminé de Belfort où il a été conçu au CEA de Saclay où il doit être assemblé et installé entre le 4 et le 19 mai.

Une bobine contenant 1 825 kilomètres de fil supraconducteur en alliage nobium-titane

La mise au point de cet aimant qui a nécessité six ans de travail (tandis que l’ensemble du projet est né il y a quinze ans) a soulevé des défis technologiques majeurs. Une bobine contenant 182 kilomètres de fil supraconducteur en alliage nobium-titane a été constituée. « Les ingénieurs ont également dû mettre en place un système de bobinage qui génère un contre-champ magnétique afin de confiner le champ magnétique principal dans la salle d’examen. Ces bobines, dites de blindage actif, entourent l’aimant principal et permettent de limiter la zone d’exposition au champ à quelques mètres autour de l’IRM » explique le CEA. Pour transporter ce chef d’œuvre, la voie maritime et fluviale a été privilégiée (n’est-ce pas sur un bateau qu’Iseult a bu le philtre d’amour ?) afin d’éviter le plus possible le risque de chocs. Tout a cependant commencé sous escorte, à bord d’un camion pousseur à l’arrière et d’un camion tracteur à l’avant pour traverser la zone urbaine de Belfort et atteindre le pont d’Aspach. « Les virages et les villages sont autant de zones délicates où les voitures sont invitées à se ranger sur le bord de la route pour laisser passer l’immense cylindre » a expliqué Lionel Quettier, chef de projet au CEA-Irfu sur son carnet de route.

Soleil couchant

Une fois arrivé à bon port (à Strasbourg), l’aimant a été  embarqué sur un navire, direction Rotterdam. C’est non sans une once de romantisme que Vadim Stepanov, ingénieur au CEA-Irfu a assisté au départ commentant : « C'est à 21h30, au soleil couchant, que l'aimant est enfin bien calé. Tout s'est bien passé. Les équipes peuvent souffler, hormis le capitaine qui largue les amarres. Je regarde le bateau s'éloigner, une nouvelle étape est franchie ». Rotterdam est atteinte le 12 mai. Si la plus grande grue mobile du monde ne sera pas nécessaire pour manipuler l’aimant, « l’expertise des équipes portuaires est de rigueur pour le manœuvre, "avec des pincettes" »  décrit Lionel Quettier. Il ne faut que quelques minutes pour effectuer le transbordement de l’aimant de la première barge au bateau Amanda, un navire de 80 mètres de long. Il s’agit désormais de rejoindre le Havre, avant une dernière croisière sur la Seine jusqu’à Corbeil-Essonnes.

Voitures mal garées

Pendant ce temps, à Saclay, on se prépare à l’arrivée du bijou en installant notamment un immense portique destiné à soulever l’aimant et à le déplacer entre le camion et l’arche. La dernière partie du voyage se déroule le 18 mai et après un périple quasiment sans accroc : « Les kilomètres restants nous donnent du fil à retordre. En effet, si les lignes téléphoniques aériennes sont censées être suspendues au moins à 6 mètres au-dessus du sol, ce n'est pas toujours le cas… c'est donc à l'aide d'une perche que certaines lignes sont surélevées, une à une, pour laisser passer le convoi. La pluie n'aide pas. D'autres aléas viennent pimenter la fin du trajet. La traversée de certains villages est compliquée par des voitures mal garées. L'équipe doit alors faire du porte à porte pour trouver le propriétaire ! Au final, deux heures auront été nécessaires pour parcourir les derniers kilomètres. Le convoi entre à NeuroSpin à 20h30. Malgré le mauvais temps, de nombreux collègues sont là pour assister à l'arrivée de cet aimant si singulier. C'est la fin d'un long périple, passionnant et semé d'imprévus » raconte Lionel Quétier. 

Une nouvelle vision du cerveau

Désormais une nouvelle page s’ouvre, celle de l’assemblage de l’aimant pour disposer d’un véritable scanner IRM, une étape qui devrait durer au moins dix-huit mois. Au terme de ce long travail et de ce beau périple, des avancées importantes sont attendues. « Nous espérons décrypter le code neural du cerveau, par analogie avec le code génétique » indique Denis le Bihan directeur fondateur de Neurospin qui ajoute : « Outre l’obtention de cartes anatomiques et fonctionnelles du cerveau d’une précision inégalées, nous envisageons d’abord d’étudier la maladie d’Alzheimer. Avec cet instrument, la vision du cerveau pourrait radicalement changer ».

Aurélie Haroche

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