L’intelligence artificielle au service du dépistage de la maladie d’Alzheimer : intelligent ?

San Francisco, le samedi 24 novembre 2018 – On ne compte plus le nombre d’études vantant les mérites de l’intelligence artificielle en médecine. Studieuses et à la mémoire infaillible, les machines bien entraînées (par l’homme) se révèlent capables d’établir des ressemblances, de repérer des signaux prédictifs et de détecter des symptômes concordants quand l’homme tâtonne, répète les examens complémentaires et parfois se perd. Un nouvel exemple de la performance de l’intelligence artificielle est donné dans la revue Radiology par l’équipe  de Jae Ho Sohn du département de radiologie et d’imagerie biomédicale de l’Université de Californie.

Prédire Alzheimer ou pas sans presque jamais se tromper

Les praticiens ont d’abord constitué un logiciel afin qu’il soit capable de repérer les signes cérébraux du développement de la maladie d’Alzheimer. Pour se faire, ils ont utilisé les résultats de plus de 2 000 examens réalisés par TEP-FDG. Le passage au crible de ces données confronté aux diagnostics établis a permis l’établissement par l’outil informatique de critères et modèles de prédiction. Puis, pour tester la fiabilité de leur dispositif, les chercheurs ont soumis les clichés de TEP-FDG de 40 patients à leur algorithme. Pour ceux qui se sont révélés souffrir de la maladie d’Alzheimer, les clichés dataient de six ans avant la déclaration constatée des symptômes. Cette ancienneté n’a nullement constitué un piège pour l’intelligence artificielle qui a obtenu de très remarquables résultats : une spécificité de 82 % et une sensibilité de 100 %. Les radiologues aguerris n’ont pour leur part obtenu qu’un taux de sensibilité de 57 % et de spécificité de 92 %. Fort de ces résultats, même si des évaluations complémentaires sont nécessaires en raison de la petite taille de l’échantillon, les auteurs paraissent convaincus de la pertinence d’associer la puissance de l’algorithme à l’expérience des cliniciens.

Mais pour quoi faire ?

Reste à mettre au point un logiciel, qui après un programme de deep learning aura trouvé la meilleure façon d’annoncer à un patient ne se plaignant d’aucun symptôme spécifique un diagnostic aussi éprouvant en l’absence complète de prise en charge efficace. Car si la détection très précoce de la maladie d’Alzheimer grâce à différents outils est une prouesse technologique, les bénéfices pour les patients sont très discutables.

Alors qu’en 2012, la Haute autorité de Santé (HAS) défendait les mérites d’un diagnostic précoce en raison de la possibilité de mettre plus sereinement en place un accompagnement adapté, le Collège national des généralistes enseignants (CNGE) s’est toujours montré réticent sur le sujet. Soulignant l’impact certain d’un tel diagnostic sur le patient et ses proches et l’importance du stress et face à l’absence de preuves robustes de l’utilité d’une détection précoce, il invitait à la prudence. L’année dernière, dans une tribune publiée sur le JIM les professeurs Pierre-Louis Druais, Jean-Yves Lereste et Laurent Letrilliart renchérissaient et remarquaient : « Annoncer en excès provoquera angoisses et difficultés alors que l’évolution n’est pas prévisible dans l’état actuel des connaissances » (même s’ils soulignaient parallèlement les dommages d’une annonce trop tardive). Ils observaient encore que « l’hypothèse que le diagnostic des troubles cognitifs légers pourrait permettre aux médecins de préserver la qualité de vie du patient et de ses aidants et de circonscrire les situations de crise à venir devrait être évaluée par des projets de recherche », constatant que pour l’heure : « le dépistage de la maladie d’Alzheimer n’est recommandé ni en France ni à l’étranger, pour des raisons éthiques liées à l’absence de test validé en médecine générale et de traitement ayant une balance bénéfices-risques favorables ». Algorithme ou pas.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Quel intérêt ?

    Le 24 novembre 2018

    Les traitements supposés efficaces déremboursés compte-tenu d'un bénéfice risque négatif...
    Ils sortent de chez le neuro avec une prescription d'orthophoniste. Avoir un diagnostic quelques années avant l'apparition de la maladie, cela fera quelques années de souffrances pour le patient et l'entourage où leur vie va devenir un cauchemar. Je sais que les délais d'obtention de rdv chez les orthophonistes s'allongent mais…

    Dr Eric Fenetrier

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