Parce que les électroencéphalogrammes chez le nouveau-né ne sont pas un jeu d’enfant

Angers, le samedi 2 février 2013 – Le déploiement de la télémédecine en France s’il a fait l’objet de moult rapports et d’autant de lois connaît un certain retard (euphémisme). Une tribune publiée dans Libération avant l’élection présidentielle, signée entre autres par Fleur Pellerin (aujourd’hui ministre délégué chargé de l’économie numérique) ironisait sur le fait que les freins sont tels en France dans ce domaine que nombre d’entreprises prometteuses se sont exilées aux Etats-Unis, tant et si bien que l’American Telemedecine Association a créé un « dîner des Français » qui regroupe ces expatriés !

Quinze neurologues experts de l’électro-encéphalogramme des nouveau-nés

Tous cependant n’ont pas fui outre Atlantique et des projets intéressants et à forte valeur médicale ajoutée sont mis en place en France. C’est entre autres exemples le cas du programme BB EEG porté par le CHU d’Angers, soutenu par l’Agence nationale de la recherche (ANR) et qui a reçu il y a quelques mois le deuxième prix des Trophées Loading the Future organisés à Nantes. Le projet BB EEG est né de la constatation de la rareté en France des neurologues experts de l’électro-encéphalogramme (EEG) des nouveau-nés, qui ne seraient qu’une quinzaine. « L'EEG néonatal relève d'une hyperspécialisation dans laquelle l'expertise française est reconnue mais dont la pratique souffre d'un manque croissant de spécialistes » explique le docteur Sylvie Nguyen, neuropédiatre au CHU d’Angers et coordinatrice du projet dans le résumé de ce dernier sur le site de l’ANR. Or les situations dans lesquelles cet examen est pertinent ne sont pas rares : enfants prématurés ou « conditions de naissance non optimales (anoxie, infection…) » peuvent conduire à la préconisation de la réalisation d’un EEG. En outre aujourd’hui, « les techniques de neuroprotection qui commencent à être utilisées comme l'hypothermie controlée en cas d'anoxie cérébrale nécessitent qu'une évaluation précise de la gravité de l'atteinte cérébrale soit réalisée. L'EEG permet cette évaluation physiologique mais nécessite un personnel formé à la fois pour l'acquisition des signaux EEG et pour leur interprétation » précise Sylvie Nguyen.

Un portail trois en un

Pour pallier le manque de spécialistes, des « réseaux » destinés à faciliter les échanges d’information ont été établis entre les hôpitaux. « Nous avons développé en Pays de la Loire depuis plusieurs années une transmission des EEG entre les hôpitaux de Laval et du Mans. En Bourgogne il existe aussi une activité de télémédecine autour de l'EEG » indique à titre d’exemple Sylvie Nguyen. Cependant, des freins, notamment techniques et organisationnels existent encore à une extension de ces initiatives locales. Lever ces obstacles est l’objet de la plateforme BB EEG.

Il s’agit d’un portail de télémédecine développé depuis novembre 2010 qui comporte trois volets. D’une part la possibilité pour un technicien ayant réalisé un EEG et une vidéo de l’enfant de transmettre ces données « de façon sécurisée à un médecin spécialiste ». Second service : une « plateforme d’apprentissage en ligne destinée à former des médecins et techniciens à la spécialité ». Enfin, le dernier volet de ce portail « fait appel aux techniques avancées de traitement du signal pour compléter le diagnostic visuel par une analyse automatique de l’EEG ».

Complet et complexe, ce projet suppose la participation de nombreuses disciplines : des praticiens bien sûr, mais aussi des « industriels spécialisés dans le transport sécurisé des données médicales et dans le work flow et ses applications possibles pour les stratégies d'apprentissage et des chercheurs en mathématiques et traitement du signal ». A terme il ne s’agit surtout pas de « réer quelques centres spécialisés qui interprètent à distance » mais « d’apporter une aide aux équipes en place, dans un réseau à taille humaine », explique Sylvie Nguyen.

Aurélie Haroche

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