Pour mieux s’entendre

Paris, le samedi 1er juillet 2017 – Les bonnes idées naissent rarement totalement par hasard. L’expérience personnelle nourrit fréquemment les vocations et les innovations. Ne reniant pas toutes les règles immuables, les nouvelles technologies sont même très attachées à ces histoires intimes qui offrent un caractère plus "humain" à des outils que certains pourraient considérer comme difficiles d’accès (voire pour certains esprits sarcastiques comme peu utiles).

25 % des informations

Thibault Duchemin est en la matière un candidat idéal. Cet ingénieur de 26 ans a passé son enfance dans une famille frappée par la surdité : ses parents et ses sœurs ne pouvaient communiquer avec les autres qu’en lisant sur les lèvres. Très vite, il leur a servi d’interprète dans de nombreuses situations de la vie courante et a pu mesurer les difficultés auxquelles ils devaient faire face. « Quand on lit sur les lèvres, on ne saisit que 25 % des informations (…). Le reste est déduit du contexte. Mais quand vous manquez les trois premiers mots de la phrase, vous ramez pour remonter le fil » a-t-il exposé avec simplicité lors de la conférence organisée cette année par le do-tank (!) l’Echapée volée.  On comprend aisément que les conversations de groupe sont les situations les plus complexes pour les sourds et malentendants.

Une application pour faire le lien

Fort de ces constatations et observant que les Etats-Unis où il a rejoint l’université de Berkeley (après être sorti en France des Ponts et Chaussées) ne proposaient guère plus de dispositifs pour répondre aux obstacles rencontrés par les sourds, Thibault Duchemin a développé (d’abord en anglais, signe quelque peu désolant des freins existant à l’innovation en France) l’application Ava. Elaboré en collaboration avec Pieter Doevendans et Shinner Chang, ce logiciel fonctionne à la manière d’une conversation de groupe possible par exemple sur le portail Whatsapp. Les participants doivent télécharger l’application et s’identifier. Puis, ils peuvent échanger normalement (en gardant cependant leur téléphone à proximité). Les conversations seront automatiquement retranscrites par écrit sur les écrans de chacun, avec des couleurs différentes pour permettre d’identifier plus rapidement les interlocuteurs. Les personnes ne communiquant pas par oral peuvent par ailleurs répondre par écrit et dans ce cas le message est retranscrit par oral aux autres participants. Ce système peut s’avérer utile dans de nombreuses situations : cours, réunion professionnelle, entretien avec un médecin. Néanmoins, il suppose que tout le monde accepte de télécharger l’application, ce qui sera peut-être plus difficile dans le cadre d’échanges plus spontanés (rencontres informelles). Cependant, certaines conférences envisagent aujourd’hui d’y recourir systématiquement : « Nous avons travaillé avec les organisateurs des conférences Dreamforce à San Francisco pour équiper l’événement. Les visiteurs n’avaient qu’à télécharger l’application et taper le nom de la salle pour avoir la transcription » a expliqué Thibault Duchemin.

Disponible aux Etats-Unis depuis quelques mois, l’application Ava a déjà séduit 50 000 utilisateurs. Une version française sera accessible à partir du 5 juillet sur Android et Ios. Gratuite les cinq premières heures, elle restera utilisable de façon illimitée à raison de 27 euros par mois.

Vidéo de présentation (en anglais) : https://vimeo.com/190619819

Aurélie Haroche

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