Si la photo est bonne…

Bamako, le samedi 10 juin 2017 – Une partie (qui s’amenuise) de la formation médicale se fait encore dans les livres. Ce sont des photographies, pas toujours d’excellente qualité, qui offrent aux futurs médecins leurs premières expériences diagnostiques. Les pathologies cutanées s’y prêtent particulièrement bien. « Nous enseignons les jeunes à apprendre la dermatologie à partir des images. On s’est dit de la même manière, nous pouvons, si une bonne image nous est donnée, faire un diagnostic et donner des conseils à distance » explique un des praticiens à l’origine du programme Télédermali.

Comme si la France comptait 65 dermatologues…

Ce projet est né de la constatation de l’importante demande en soins dermatologiques en Afrique : on estime le taux de prévalence des maladies de peau sur ce continent à 30 %. Dans les centres de santé locaux, les affections dermatologiques représentent fréquemment le quatrième motif de consultations. Or, la prise en charge est souvent inexistante, en raison d’une offre de soins très restreinte. Au Mali, on compte ainsi quinze dermatologues, concentrés pour la plupart dans la capitale, pour 15 millions d’habitants.  La densité n’est guère plus élevée dans la plupart des pays voisins et est à comparer aux 3 500 praticiens spécialistes de la peau que compte la France (une densité similaire à celle du Mali ne devrait pas nous faire dépasser les 65 dermatologues !). Les conséquences de cette absence d’accès aux soins peuvent être très graves (« fièvres invasives, insuffisance rénale voire décès… », énumèrent les responsables de Télédermali).

Entraide

Fort des résultats encourageants de programmes s’appuyant sur la télémédecine dans d’autres spécialités en Afrique, le professeur Ousmane Faye, chef du service Dermatologie du Centre national d’appui à la lutte contre la maladie (CNAM) a lancé Télédermali en 2015. S’appuyant sur une plateforme baptisée Bogou (qui signifie "entraide" en Djema), il a également bénéficié du soutien de la fondation Pierre Fabre. Dix centres de santé ont été impliqués dans la phase pilote. Une vingtaine de médecins et d’infirmiers ont été formés en leur sein : d’une part au dépistage des affections dermatologiques les plus fréquentes et d’autre part à la maîtrise des outils numériques afin notamment de pouvoir transmettre des photographies de bonne qualité et d’assurer la sécurité du transfert des données. Au total, en dix-huit mois, 3 000 affections cutanées ont été recensées, dont 175 (contre 150 initialement prévues) jugées plus complexes ont bénéficié d’un avis secondaire par l’équipe du professeur Ousmane Faye, grâce à la télétransmission des images. Les diagnostics ont pu être réalisés en 24 heures ou moins. Il s’agissait notamment de lèpres, prurigos, psoriasis, dermatophyties, eczéma, génodermatoses… Les contrôles réalisés sur place dans un second temps par des dermatologues du CNAM ont permis de confirmer la pertinence des diagnostics à distance.

Améliorer la compétence des agents

Pour les responsables du programme qui ont présenté leurs résultats la semaine dernière lors des premières assises de télédermatologies africaines qui se sont tenues à Bamako, les résultats sont très encourageants et dépassent même les espérances. Le bilan est « très positif. Tout d’abord nous avons dépassé nos objectifs (…). Ensuite les patients ont tous accepté la procédure, et les diagnostics ont été rapides (…). Nous avons constaté un autre bénéfice, tout aussi important : cette pratique a permis de former les agents sur les 175 cas étudiés. Sur Bogou, ils avaient en effet accès à tous les échanges, même ceux en dehors de leur périmètre. Leur niveau de compétences en a été globalement amélioré » s’enthousiasme le professeur Ousmane Faye.

Aussi, aujourd’hui, toujours avec le soutien de la Fondation Pierre Fabre, le programme va être étendu à quatre-vingt centres de santé secondaires du pays, tandis que la déclinaison du système dans d’autres pays est également envisagée.

Aurélie Haroche

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