Un « bio rein » (presque) fonctionnel

Boston, le samedi 20 avril 2013 – Aujourd’hui en France, près de 9 000 patients sont inscrits sur la liste d’attente d'une greffe de rein. Malgré l’augmentation constante du nombre de transplantations rénales réalisées (la progression a été de 2,3 % entre 2011 et 2012), le manque de greffons demeure toujours un obstacle important. Pouvoir s’émanciper des contraintes immunologiques ou encore élargir le profil des organes pouvant être prélevés permettraient de faire considérablement progresser le nombre de transplantations en limitant, qui plus est, le risque de rejet.

Vider et remplir un organe

Pour Harald Ott (Massachusetts General Hospital) la réponse à cet enjeu de taille passe par la constitution d’un organe artificiel. Pour parvenir à cet objectif, il a émis l’hypothèse de pouvoir utiliser l’architecture en trois dimensions de l’organe en conservant ses vaisseaux sanguins et les molécules qui participent à l’organisation et à la croissance des cellules tout en l’évidant de ses cellules contenant de l’ADN. Le praticien et ses collaborateurs se concentrent sur cette piste depuis plus de cinq ans. C’est en effet en 2008 qu’ils parviennent à repeupler de cellules cardiaques étrangères le cœur évidé d’un rat. Deux ans plus tard, même succès avec des poumons de rongeurs.

Des cellules déjà différenciées

Aujourd’hui, dans la revue Nature, Harald Ott et son équipe racontent l’extraordinaire « fabrication » d’un « bio rein ». Première étape : un évidement délicat (!), afin de conserver intactes les structures de l’organe. Depuis leurs premiers essais, Harald Ott et coll. utilisent une solution détergente. Après de longs mois d’expérimentations, ils semblent parvenus à un dosage idéal, qui permet de conserver l’architecture de l’organe en détruisant 90 % de ses cellules contenant de l’ADN. Il est ensuit temps de recoloniser ce rein par de nouvelles cellules. Ils ont pour ce faire utilisé des cellules endothéliales humaines et des cellules rénales prélevées chez des rats nouveau-nés. « Nous avons utilisé des cellules qui avaient déjà initié leur différenciation en cellules rénales. Les cellules n’étaient plus des cellules souches, mais se trouvaient à un stade de développement qui leur permettrait de se réassembler en tissus fonctionnels » a décrit dans une interview citée par Allo docteur, Harald Ott. C’est en les introduisant par l’uretère que les cellules ont pu être « correctement » semées au sein du rein. Enfin, dernière étape, l’organe a été placé dans un incubateur reproduisant les conditions favorisant la multiplication des cellules.

Tour de force

Si les chercheurs ont pu in vitro constater que leur rein était fonctionnel, les « rendements » obtenus étaient bien plus faibles que ceux d’un rein normal. Des résultats qui se sont confirmés quand le bio-rein a été implanté chez un rat. La production d’urine représentait un tiers de la capacité d’un rein normal et l’élimination de la créatinine était trente-six fois plus lente que la normale ! Pour Harald Ott, comme l’explique la revue Nature, cette faible efficacité s’explique probablement par l’immaturité des cellules utilisées. Cependant, il observe que nombre de patients commencent les dialyses lorsque leur capacité rénale ne dépasse pas 15 %. « Si nous pouvions mettre au point un organe qui fonctionne seulement à 20 %, nous pourrions permettre à nombre de malades de ne plus être dépendants de la dialyse ». Des travaux complémentaires sont donc encore nécessaires pour espérer une utilisation clinique chez l’homme. Très impressionné par ce travail qu’il qualifie de « tour de force » (en Français dans le texte), William Fissel, néphrologue à la Vanderbilt University à Nashville (Tennessee) cité également par Nature considère que l’implantation d’un rein régénéré chez l’homme (qui utiliserait les propres cellules du patient) n’est pas envisageable avant « très très longtemps ».

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article