Une idée intelligente pour accélérer l’accès à l’IRM ?

Paris, le samedi 1er septembre 2018 – Les indications de l’IRM continuent à progresser, tandis que le vieillissement de la population contribue également à accroître le nombre d’examens. Cette tendance se heurte à un parc IRM qui le plus souvent ne parvient pas à augmenter suffisamment rapidement pour répondre aux besoins, tandis que même plus nombreuses, l’utilisation de ces machines nécessite des professionnels qualifiés et rares. Selon les pays, la situation est plus ou moins délicate. En France, faute d’un nombre d’appareil par habitant suffisant, les délais d’attente comptent parmi les plus élevés d’Europe. Revoir certaines des indications des IRM, accroître les plages horaires des consultations, favoriser les partenariats publics/privés comptent parmi les solutions adoptées pour répondre à la problématique de l’accès à l’IRM. Mais les scientifiques et les ingénieurs se concentrent pour leur part sur les potentialités des machines. La durée des examens pourraient-elles être raccourcies, ce qui permettrait d’augmenter leur nombre ?

Gagner du temps

La réduction du temps de l’examen sans perdre en qualité pourrait être un défi pour l’intelligence artificielle. C’est tout au moins la conviction du laboratoire dédié à l’intelligence artificielle de Facebook. Le géant de la Silicon Valley vient de signer un partenariat avec le département de radiologie de la New York University School of Medicine afin de déterminer comment l’intelligence artificielle pourrait contribuer à compenser les informations perdues en raison d’un temps écourté. Grâce au machine learning, l’objectif est d’établir un réseau de neurones artificiels capable de compenser les "ellipses" d’un examen réalisé plus rapidement. « La clé est d'entraîner les réseaux de neurones artificiels à reconnaître la structure sous-jacente des images, afin de préciser les détails omis pendant l'analyse accélérée » explique un communiqué de Facebook qui annonce le partenariat avec la faculté de médecine newyorkaise. « Cette approche est similaire à la manière dont les êtres humains traitent les informations sensorielles. Lorsque nous faisons l'expérience du monde, notre cerveau reçoit souvent une image incomplète (comme dans le cas d'objets obscurcis ou faiblement éclairés) que nous devons ensuite transformer en informations exploitables » explique encore Facebook. Au final, les images obtenues pourraient même gagner en précision par rapport aux résultats des IRM "longues" . Et en tout état de cause, le nombre d’examens pourrait être augmenté.

Données sensibles

Séduisant, ce projet n’en inquiète pas moins ceux qui n’ont pas oublié les récents scandales d’accès non sécurisé à des données sensibles. Dans le domaine de la santé, des expérimentations impliquant la participation de géants de l’internet est aujourd’hui observée avec inquiétude, si non avec une certaine circonspection. Mais Facebook a déjà promis que les informations sur les 10 000 cas cliniques et les 3 millions d'images par résonance magnétique étaient collectées par la NYU School of Medicine et que les comparaisons seraient « dénuées de quelconque information qui puisse rendre possible une identification ». Cette précision n’empêchera sans doute pas une forte vigilance de l’ensemble des observateurs, tant l’image de Facebook n’est aujourd’hui plus aussi magnétique qu’auparavant !

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Précisement ce qu'il ne faut pas faire...de la médecine d'assureur

    Le 05 septembre 2018

    Il s'agit donc ici de remplacer du signal inexistant par un signal "reconstitué" à partir de bases de données établies à partir d'un grand nombre (qu'est ce qu'un grand nombre?) de cas cliniques étudiés exhaustivement (enfin, souhaitons le!) à partir de signaux complets.
    Pour qui a un peu d'expérience de l'"anatomie statistique" et des méthodes mathématiques associées, il est bien connu que, précisément, ces procédés ont une tendance forte à "lisser" les différences individuelles, et à exclure les trop "hors norme".

    Il s'agit donc encore une fois de médecine conjecturale et de moins en moins de médecine déterministe

    Cette tendance était déjà dénoncée au 19 e siècle par Claude Bernard, qui ajoutait: "l'individu n'a que faire de la loi des grands nombres".

    Mais puisque cette médecine d'économistes de la santé (!) et d'assureurs tend à s'imposer, avec arrogance, et avec l'assentiment des confrères et des ordres...continuons donc dans ce qu'il ne faut surtout pas faire; soyons "modernes"

    Dr Yves Darlas

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