… et marche !

Neuchâtel, le samedi 3 juin 2017 – Tous les reportages se terminent de la même manière. Présentant les prouesses d’un nouvel exosquelette, ils suggèrent que ces dispositifs permettront dans de nombreuses années d’améliorer le quotidien des personnes tétraplégiques, sans cependant fixer une date et en laissant deviner que cet objectif est encore éloigné. Benoît Thévenaz n’a pas voulu attendre.

Le motocross dans le sang

Né dans la ville suisse de Sainte Croix en 1985, Benoît Thévenaz a hérité de ses ancêtres un moral à toute épreuve et une passion sans nuance pour le motocross. A Bullet, petit village proche de Neuchâtel, où Benoît a grandi, les Thévenaz sont réputés pour leur engouement pour ce sport. Certains ont payé cet amour au prix fort : l’oncle de Benoît est aujourd’hui tétraplégique après un très grave accident. Ce coup de semonce n’a cependant pas incité Benoît à plus de prudence. A l’âge de vingt ans, il enchaîne les compétitions et les exhibitions.

Championnats endeuillés

Le 10 juillet 2005, les championnats suisses de supercross sont retardés par une pluie drue. Le terrain est détrempé : les coureurs et les spectateurs doivent prendre leur mal en patience. Benoît propose d’amuser l’auditoire en plongeant en BMX dans un bac rempli de mousse. Après un premier saut réussi sans encombre, le second est un drame. Une mauvaise réception dans un endroit où le bac n’est pas assez rempli: la sixième cervicale est brisée. Transporté en hélicoptère au CHUV, Benoît apprend à son réveil qu’il est tétraplégique et qu’il ne peut plus mouvoir que 25 % de son corps. Une des premières pensées de Benoît le conduit à regretter de ne plus pouvoir conduire de moto. 

Un entraînement intensif

Quand il quitte le centre de la SUVA à Sion, après neuf mois de rééducation, en dépit de l’attention des équipes dont il a bénéficié, Benoît Thévenaz ne peut se résoudre à l’idée que sa vie se résume à la prise de dizaine de médicaments par jour et à une autonomie fortement réduite. S’inspirant de différentes lectures, rencontrant un "coach mental " et découvrant l’existence de méthodes de rééducation plus intenses, pratiquées par exemple en Estonie, Benoît poursuit ses rêves.
Six jours sur sept, pendant huit heures par jour, il s’initie à des thérapies de coordination qui lui permettent de voir progresser l’ampleur de ses gestes. Pouvant à peine soulever ses épaules de quelques centimètres au lendemain de son accident, il parvient à retrouver davantage de mobilité au niveau des avant-bras et du haut du torse. Le contrôle de ses mains manque toujours, mais il peut presque réaliser seul les transferts de son fauteuil à sa voiture.

100 000 euros, le prix de la marche

Continuant chaque jour cet entraînement, Benoît est parvenu à remonter sur une moto spécialement conçue pour les conducteurs tétraplégiques. Puis, le 8 décembre 2012,  après avoir réussi à convaincre les concepteurs, il essaye l’exosquelette du groupe Ekso Bionics. Les ingénieurs sont sceptiques sur sa capacité à l’utiliser et tentent de le dissuader. Mais dès le premier essai, même si les jambes sont un peu flageolantes, il parvient à marcher pendant dix minutes. Deux ans plus tard, ce qui lui a valu début mai d’être salué par le Forum des 100 organisé par le quotidien suisse Le Temps, il a été le premier tétraplégique à faire l’acquisition à titre privé de l’exosquelette. Il lui a fallu deux ans pour réunir les fonds nécessaires, grâce à des dons : 100 000 euros.

Aujourd’hui, il ne peut utiliser l’exosquelette que sur terrain plat et pour des distances courtes, mais Benoît Thévenaz a contourné tant d’obstacles ces dernières années qu’il est convaincu de pouvoir un jour utiliser un exosquelette plus performant et plus léger qui lui permettra de sortir de chez lui, debout.

Aurélie Haroche

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