A la poursuite de ses rêves

Paris, le samedi 28 août 2021 – La décision était comme un symbole parfait de la gravité de l’époque, de la préoccupation des dirigeants du monde entier. Son caractère inédit en temps de paix ne pouvait en effet qu’alerter. Chez les athlètes et leurs entraîneurs, le report en 2021 des Jeux Olympiques de Tokyo suscita des sentiments contrastés. Inquiets des risques pour leur santé et surtout celle des spectateurs, beaucoup partageaient la conviction que la mesure était préférable. Mais ils étaient aussi nombreux sans doute à s’inquiéter des répercussions sur leur parcours sportif. Si leur préparation avait nécessairement été très affectée par les mesures de confinement, constituant une raison supplémentaire pour accepter l’ajournement, ce dernier bouleversait néanmoins le programme établi sur plusieurs années pour un grand nombre de sportifs.

Un entraînement doublement freiné

Pour les athlètes paralympiques, la donne était quelque peu différente. D’abord, parce que certains présentent un état de santé qui les expose à souffrir de formes graves de Covid. Ensuite, les difficultés liées au confinement et à la fermeture de nombreux établissements ont eu encore plus d’impact sur la préparation des athlètes paralympiques, qui bénéficient plus rarement d’un accompagnement « professionnalisé ». Ainsi, passés les premiers moments de déception et d’interrogation, le docteur Marie Patouillet avait presque accueilli l’annonce du report des jeux Paralympiques de Tokyo comme une bonne nouvelle. En tant que vice-championne du monde de para-cyclisme (elle a été couronnée dans l’épreuve du 500 m départ arrêté au Canada en janvier 2020), les jeux de Tokyo constituaient son principal objectif. Mais l’épidémie de Covid a doublement contrarié son projet. D’abord, parce qu’en tant que médecin généraliste, elle a été grandement sollicitée. Surtout, parce que son entraînement a été très perturbé. « S'entraîner seule, c'est compliqué, c'est quand même mieux d'avoir son vélo de piste et puis une vraie salle de musculation pour pouvoir travailler. J'ai vraiment le minimum syndical, même si je pense que par rapport à d'autres athlètes, je ne suis pas à plaindre » avait-elle ainsi confié à France TV Info au printemps 2020. Elle expliquait encore : « Il a fallu adapter mon entraînement qui est devenu beaucoup plus spécifique et beaucoup moins dans l'intensité au niveau cardiaque. Avec mon entraîneur, on a essayé de s'adapter à la situation, avec la fatigue aussi que ça engendre ».

Rajouter des défis aux obstacles : la devise des athlètes paralympiques ?

Néanmoins, bien que concédant que l’annulation était sans doute préférable pour elle, Marie Patouillet regrettait que ses ambitions soient malmenées par le report des Jeux. En effet, après Tokyo, en 2020, la sportive avait programmé de se consacrer à la préparation d’une autre épreuve : celle de la poursuite. Pendant quatre ans, elle devait ainsi s’y consacrer, pour briller à Paris en 2024, date à laquelle elle aura 36 ans. Avec son entraîneur Grégory Baugé, quadruple champion du monde de vitesse individuelle et médaillé d'argent dans la même épreuve aux Jeux olympiques de Londres en 2012, ils réfléchissent alors aux implications de cet atermoiement. Et ils tranchent de façon surprenante comme souvent les sportifs : puisque le temps est compté, autant se compliquer le défi et se préparer en un an à la poursuite.

Première médaillée française

Dès lors, et dès qu’elle peut retrouver des conditions de préparation plus souples, Marie Patouillet se consacre exclusivement à cette nouvelle épreuve (laissant quelque peu de côté son activité de médecin remplaçant), avec un succès incontestable. « J’y travaille depuis moins d'un an. Les progrès ont été extraordinaires, j'explose mon record de plus de 20 secondes (lors des qualifications, ndlr). C'est un beau temps » s’est ainsi enthousiasmée mercredi la jeune femme au micro de France tv alors qu’elle venait de remporter à Tokyo une médaille de bronze, offrant à la France la première de ses médailles lors de ces jeux Paralympiques. Il faut dire que ce type de défi express est une coutume chez Marie Patouillet qui a entamé sa carrière sportive il y a seulement trois ans, alors qu’elle ne s’était initiée au cyclisme que tardivement (à 28 ans). Si ce vendredi lors du 500 mètres contre la montre, elle n’a pas connu la même fortune, Marie Patouillet est déjà fixée sur un autre objectif : les jeux de Paris.

Paris et au-delà

Celle qui est née avec une déformation du pied et de la jambe gauche entraînant une inégalité de longueur entre les deux membres telle qu’elle l’a bientôt empêchée de pratiquer tout sport nécessitant de la course à pied concourt dans la catégorie C5 (légère limitation de mouvement d’un bras, limitation modérée d’une jambe, ou absence totale ou partielle d'un bras). Ayant très tôt tout à la fois compris son handicap et refusé qu’il représente un obstacle à ses ambitions, Marie Patouillet poursuit deux rêves. Celui de devenir championne paralympique (qu’elle a frôlé cette semaine) et celui d’être médecin, auquel elle se consacrera sans limite après Paris.

Aurélie Haroche

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