Anti héroïne

Paris, le samedi 27 février 2021 – Régulièrement, et plus encore depuis le début de la pandémie, certaines prises de parole médiatiques de praticiens dérangent. Non pas seulement par ce que les propos ne paraissent pas fondés scientifiquement, mais aussi parce que l’écho donné à ces propos, en raison de l’honorable blouse blanche du locuteur, inquiète. Et de fait, sur les réseaux sociaux, les déclarations iconoclastes sont partagés avec la formule magique : « Et c’est un médecin qui le dit ».

Le hold up d’une représentante de la nation

C’est un médecin qui le dit : le gouvernement empêche les médecins de soigner les patients. Il existe des traitements efficaces contre la Covid. L’utilité du masque est discutable. Mais ce n’est pas seulement un médecin, c’est un élu de la République : le député Martine Wonner, élue de la quatrième circonscription du Bas-Rhin en 2017. Aussi, la représentante de l’Etat est rappelée à l’ordre. Non pas (pas encore) par l’Ordre des médecins, mais par le ministre de la Santé. Plusieurs passes d’arme remarquées ont opposé ces dernières semaines le docteur Véran au docteur Wonner, le premier ne cachant pas son irritation. « Madame la députée Wonner, vous avez tour à tour vanté les traitements dont même les auteurs considèrent désormais qu’ils n’étaient pas efficaces, vous avez ici vanté le non port du masque comme une solution de liberté (…). Vous avez nié tant la deuxième vague que les possibilités d’une troisième vague. Vous niez (en tout cas vous attaquez assez durement) la stratégie vaccinale, du moins, je crois. Je ne peux plus vous lire, car vous m’avez bloqué sur Twitter sans que je n’ai jamais eu d’interaction avec vous. C’est dommage, mais je lis la presse » a ainsi énuméré le ministre le 9 février avant de poursuivre : « Je n’ai pas vu les documentaires auxquels vous avez participé, mais à nouveau j’ai vu que la presse s’en était fait l’écho et déploré qu’une représentante de la nation puisse participer à des documentaires de nature complotiste », faisant allusion à la participation par Martine Wonner au film documentaire Hold up.

En marche

Il y a quatre ans pourtant, Martine Wonner et Olivier Véran auraient pu être bien plus proches. Ils partageaient tout d’abord le même métier. Martine Wonner est en effet psychiatre, spécialité qu’elle a choisi en seconde intention, après avoir assisté à la détresse d’une femme venant de perdre son époux. Surtout, Martine Wonner et Olivier Véran avaient en 2017 la même conviction qu’Emmanuel Macron était l’homme qu’il fallait pour la France. Après un parcours professionnel complexe, la voyant passer de l’Assurance maladie à la direction d’un groupe de clinique privée en passant par le Samu Social, elle souffre d’épuisement professionnel quand une amie l’invite à participer à une réunion de marcheurs. « Grâce au Président, je me suis remise en marche, au sens propre et figuré », raconte sans réserve Martine Wonner à Libération.

Sans distance

Mais dès l’élection de cette novice en politique, les choses se brouillent. Martine Wonner s’oppose clairement à plusieurs reprises aux positions de son groupe sur différents sujets (glyphosate, immigration…). Mais la rupture est vraiment consommée avec le refus de Martine Wonner de voter le plan de déconfinement du gouvernement : elle sera la seule élue LREM à risquer une telle « rébellion ». C’est l’exclusion. Depuis, désormais membre du groupe Libertés et territoires, Martine Wonner oublie toute prudence : participant au documentaire Hold-up et intervenant dans des sphères complotistes, en en devenant parfois la passionaria. Pourtant, elle se défend : ses propos sur le masque ont été « caricaturés » et ce ne serait que dans les espaces ouverts qu’elle conteste (comme beaucoup d’autres d’ailleurs) son absence d’utilité. Elle assure encore que le « complotisme » est rigoureusement contraire à sa démarche et a sommé Rudy Reichstadt, directeur du site Conspiracy Watch de retirer la fiche qu’il a créée sur sa personne (et qui rappelle notamment que la députée a affirmé que les personnes vaccinées en France participeraient à un essai de phase III ou qui montre qu’elle est proche de nombreuses personnalités défendant des thèses à tout le moins fantaisistes sur l’épidémie et sa gestion par les pouvoirs publics). Cependant, Martine Wonner ne semble jamais prendre clairement ses distances avec les outrances multiples de son collectif de médecins « Laissez les prescrire ». Ainsi, quand ces derniers avaient comparé les mesures prises en Australie aux méthodes du médecin nazi de Mengele, tout en admettant que la référence à ce dernier était « insupportable », elle avait néanmoins remarqué : « Le seul objectif de ce tweet était de rappeler qu’il ne faut pas oublier l’histoire, car c’est ce qui se passe actuellement en Australie, on sépare les enfants des familles » assurait-elle contribuant à colporter des interprétations trompeuses sur les sanitaires australiennes.

Cavalier seul

Aujourd’hui politiquement isolée, Martine Wonner veut pourtant croire que sa popularité lui permettra de briguer un second mandat. Pas question cependant pour elle de pouvoir compter sur ses anciens alliés. Tous à la République en Marche se félicitent de son éviction. « Elle a viré presque complotiste, personne ne la regrette. Elle est trop contente qu'on lui fasse de la publicité, même négative », confie une parlementaire à Ouest France. Seul Vincent Thiébaut, élu du Bas-Rhin, conserve des rapports cordiaux avec sa collègue. S’il déplore qu’elle se soit laissée happer par la spirale infernale et vicieuse des réseaux sociaux, il déplore « un gâchis car elle avait fait un excellent travail sur la psychiatrie dans un rapport parlementaire de septembre 2019 ». A l’époque cependant, la qualité de son travail avait été éclipsée par la polémique qui avait suivi une tribune au vitriol contre la psychanalyse. De la même manière que certaines de ses réserves sur le masque, l’analyse globale du docteur Wonner n’était probablement pas totalement dépourvue de pertinence. Mais le mode de transmission du message le rendait inaudible. Revenant sur cet épisode, elle concède à Libération « Il m’aura fallu un an pour apprendre les rouages de la vie politicienne ». Pas sûr qu’elle les maîtrise encore tout à fait aujourd’hui, notamment en ce qui concerne la nécessaire distance avec les théories non validées et manifestement conspirationnistes.

A.H.

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