Belles et rebelles

Paris, le samedi 28 octobre 2017 – Il est de bon ton d’en dire (et d’en penser) du mal. Ces défilés un tantinet ridicules marqués par des sourires figés et des postures improbables, ces réponses télécommandées déroulées au kilomètre pour vanter la paix dans le monde et autres utopies faciles, ces plastiques parfaites qui ne laissent aucune place à la différence : les concours de beauté sont généralement moqués et décriés. L’image de la femme que ces manifestations véhiculent comme devant répondre à des canons imposés par le marketing et les diktats masculins n’est de faire guère compatible avec une volonté de libération de tous les carcans. Cependant, il est certaines situations où les codes peuvent être détournés et où ce qui était le symbole du conformisme devient un instrument de dénonciation.

Toutes gagnantes

Ainsi, il y a moins d’un mois à Varsovie on s’employait à transformer le classique concours de Miss Monde en une démonstration de force de la beauté des femmes handicapées et de leur volonté de ne plus être réduites à leur simple appareil (roulant). Vingt-deux femmes ont pris part à la manifestation. Accidents, handicaps congénitaux, maladies : toutes les situations se sont côtoyées. Les jeunes femmes présentes souffraient de différents types d’infirmités. Mais toutes partagent le même refus de se cacher. Pas de honte pour la jeune Américaine incapable de lever la main au moment de l’apprentissage de la chorégraphie (et pour cause elle n’a pas de main), mais un désir de montrer sa capacité d’adaptation. Pas d’esprit de compétition non plus pour la belle Mexicaine, soulignant que toutes ont rapporté une victoire en participant à cette manifestation. « C’est la première occasion du genre pour montrer au monde que nous sommes capables de faire ce que nous voulons ».

Miss Sourire

Deux Françaises concouraient parmi les beautés internationales. Nadjet Meskine est plus une habituée des pelouses que des podiums de mode : elle est membre de l’équipe de foot-fauteuil les Twisters et a participé à de nombreuses compétitions nationales. Cet amour pour le ballon rond n’empêche pas cette jeune enseignante en bureautique et informatique d’être également une férue de mode. Aussi, quand elle a été directement contactée par les organisateurs du concours de Miss Monde en fauteuil, elle a immédiatement accepté le challenge. « Je pars du principe qu’on peut être une femme apprêtée en fauteuil roulant ! Il y a beaucoup de retard en France sur la question de la mode et du handicap. Dans ce concours, on a pu voir qu’il était possible de renvoyer une image positive du handicap, quelle que soit la nationalité, quelle que soit la pathologie ou le handicap », a-t-elle confié à la Dépêche du Midi. Nadjet Meskine a été récompensée de son enthousiasme, puisqu’elle s’est vue décerner le prix de Miss Sourire.

Pas de ghetto

Pour Sandrine Ciron, Francilienne de 35 ans, la participation au concours était plus une évidence : née infirme moteur cérébrale, la jeune femme est depuis toujours passionnée par la mode. Elle a ainsi ouvert un blog réputé sur le sujet et a fondé une agence de mode baptisée Fashionhandi, qui a réalisé son premier défilé l’an dernier, avec 250 personnes. L’événement avait rassemblé des mannequins valides et handicapés, car en dépit de sa contribution à Miss Monde en fauteuil, l’objectif de Sandrine Ciron est d’aboutir à un décloisonnement de la société et de l’univers de la mode. « Notre but n’est pas de ghettoïser la mode. On veut voir handicapés et non handicapés défiler côte à côte. Mais aussi que les grandes stylistes créent pour les mannequins en fauteuil. Mon rêve est d’en voir porter du Jean-Paul Gautier ». L’appel est lancé !

Aurélie Haroche

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