Ça n’arrive qu’aux autres

Paris, le samedi 4 septembre 2021 - Dans notre article « Les antivaccins sont-ils irrécupérables ? » nous soulignions combien les arguments rationnels et scientifiques démontrant l’efficacité et l’innocuité des vaccins étaient souvent sans effet sur ceux dont les thèses relèvent de la croyance sectaire. Qu’en est-il des discours plus affectifs ?

Si malade

Les médias se sont régulièrement faits l’écho des appels lancés par des hommes et des femmes qui alors qu’ils allaient mourir de la Covid et après avoir été farouchement hostiles aux vaccins exhortaient, in extremis, leurs proches à se faire vacciner. En mai par exemple, une chanteuse country québécoise, âgée de 70 ans, Gisèle Beaudouin qui n’avait pas caché à sa famille et à ses quelques fans son hostilité claire vis-à-vis des vaccins, s’était totalement dédite quelques temps avant de succomber de la Covid : « Je vous mets en garde contre ce virus. Je n’aurais jamais pensé être si malade », avait-elle notamment regretté avant de recommander la vaccination.

Rescapés

La propagande anti vaccin ne repose en effet pas uniquement sur l’idée que les vaccins seraient dangereux ou inefficaces, mais sur celle que la Covid ne serait pas une maladie potentiellement (même si rarement) grave. Or, si d’un point de vue politique, on peut s’interroger sur les limites et les méfaits d’une forme de dramatisation (entre autres parce qu’il existe d’autres nombreux risques similaires face auxquels des réponses pourtant différentes sont apportées), la possible gravité de la Covid est indéniable (du moins pour certains sujets à risque). Et cette gravité a été illustrée par le témoignage de plusieurs  « rescapés » de la réanimation qui racontent leur enfer.

Le boucher là pour me tuer

C’est le cas notamment de Philippe Herbel, qui sur les réseaux sociaux et dans un roman en préparation, met en lumière les affres méconnus et invisibles de la réanimation et surtout d’une convalescence interminable. Ce quadragénaire, sans comorbidités connues, hospitalisé pendant plus d’un mois en avril, a ainsi décrit dans plusieurs médias, ces dernières semaines, la réalité de la réanimation. A propos du « delirium » (ou confusion) des soins intensifs, qui pourrait toucher jusqu’à la moitié des personnes hospitalisées dans ces unités (toute pathologie confondue), il raconte dans le Figaro : « C'est indescriptible. Toutes ces pensées sont vraies, c'est cela qui est très choquant, on a été fou pendant une semaine ! Maintenant, cela me fait rire d'y repenser. Mais certaines personnes ont beaucoup de mal à s'en remettre ». Ainsi a-t-il pu croire qu’un des aides-soignants qui s’occupaient de lui était en réalité là pour le tuer : « Deux jours après mon réveil, quand j'ai compris que ce serait lui qui allait s'occuper de moi la nuit à venir, j'ai fait comprendre avec mes mains qu'on avait détachées pour un moment que je voulais écrire. On me donna une tablette et un feutre. Évidemment, j'étais incapable avec mes mains qui tremblaient et mon cerveau en pagaille de tracer une seule lettre. Le message que j'avais tenté d'écrire avec l'énergie du désespoir était le suivant : "Ne me laissez pas seul avec le boucher, il va me tuer ce soir ».

Le purgatoire après l’Enfer

Philippe Herbel se concentre plus encore sur l’éreintante convalescence et les inquiétudes constantes de ne pas pouvoir si ce n’est retrouver sa vie d’avant, au moins vivre avec le moins de limitations possibles. Ainsi, il raconte qu’au lendemain de sa sortie de réanimation, son objectif fut : « Me débarrasser des cadeaux que la réa et le Covid m'avaient laissés: du diabète, de l'hypertension et des reins à l'arrêt qui devaient redémarrer après trois semaines de séances de dialyse, dont j'eus peur qu'elles ne deviennent mon menu bihebdomadaire pour la vie. J'ai eu de la chance, ça ne redémarre pas chez tous les patients… ». Par contre, il n’est pas encore débarrassé de sa neuropathie de réanimation, qui l’empêche encore aujourd’hui de marcher parfaitement et qui auparavant ont été à l’origine de douleurs épuisantes.

Ne tentez pas le diable

De cette expérience traumatisante, comme d’autres quarantenaires qui ont traversé cet enfer, alors que statistiquement ils pouvaient légitimement se sentir à l’abri (mais ça n’arrive pas qu’aux autres…), Philippe Herbel est sorti en réimaginant les contours de sa vie. Surtout, il se montre impitoyable pour la désinformation en tout genre concernant l’épidémie et les vaccins. « Faites-vous vacciner, pour vous, pour vos proches, pour les autres et pour votre pays, je vous en prie, ne tentez pas le diable, faites-vous vacciner aussi vite que possible » exhorte-t-il.

Difficile de savoir quelle peut être la portée d’un tel témoignage sur la perception des réfractaires à la vaccination.

A.H.

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