Cœur contre la montre

Cayenne, le samedi 13 novembre 2021 - Quand le médecin entre dans la chambre de sa patiente vers 20 heures ce mardi 2 novembre, il a la mine grave : l’intervention ne pourra avoir lieu. Après des jours où l’angoisse liée à une telle opération se mêlait à l’espoir de pouvoir enfin espérer une meilleure qualité de vie, la désillusion est terrible. Le sentiment d’avoir lutté contre ses appréhensions pour rien s’ajoute à la déception. L’amertume est d’autant plus forte que ce n’est pas l’état de santé de la patiente qui est en cause, mais une frilosité administrative : l’Agence régionale de santé a suspendu la procédure d’autorisation. Pourtant, quelques heures auparavant, le docteur Eric Piqueras pouvait espérer voir son objectif se réaliser. Il venait en effet de recevoir tout le matériel nécessaire à la réalisation de son intervention : un signal incontestablement encourageant.

Une intervention impossible…

Cardiologue à Bourg-en-Bresse, Eric Piqueras aurait pu achever sereinement le lendemain comme prévu son séjour en Guyane. Mais ce dernier a été marqué par une rencontre décisive, non pas seulement pour lui ou par sa patiente, mais au-delà peut-être pour la prise en charge de nombreux guyanais. Le Dr Eric Piqueras a en effet fait la connaissance d’une jeune infirmière, ne comptant pas ses efforts, malgré sa myocardiopathie dilatée hypokinétique sévère. Le Dr Eric Piqueras s’intéresse à la jeune femme et lui demande si la pose d’un défibrillateur cardiaque lui a déjà été proposée. Il apprend alors que cette intervention est impossible en Guyane faute de matériels adaptés et de médecins formés.

… interdite…

Eric Piqueras aurait pu se contenter de proposer à la jeune femme de faire le voyage jusqu’en métropole (ou en Guadeloupe) pour bénéficier de l’intervention, ce qui est parfois préconisé aux patients. Mais la solution imaginée par le praticien va être toute autre : il suggère de réaliser l’intervention lui-même sur place au Centre hospitalier de Cayenne (CHC) avant son départ. Il consulte immédiatement l’ARS pour lui faire part de son projet et insiste sur l’urgence : il doit rentrer en métropole le 3 novembre. L’institution donne alors des signes encourageants en autorisant l’importation des équipements nécessaires. Pourtant, le 2 novembre, à 20 heures, le verdict tombe : la procédure est suspendue.

… et finalement inédite !

Mais, face aux arguments du cardiologue et à la situation de la jeune patiente, Clara de Bort, la directrice de l’ARS se tourmente et revoit son jugement dans la nuit. Elle annonce alors que l’intervention pourra avoir lieu. Le timing est plus que serré : le chirurgien doit décoller dans la soirée. C’est donc à 15 heures que la patiente rentre au bloc et que le défibrillateur est implanté : une première à Cayenne. Si l’intervention s’est très bien déroulée, la jeune infirmière n’a pu qu’entre-apercevoir Eric Piqueras avant que celui-ci regagne Bourg-en-Bresse. Le praticien a cependant promis de revenir rapidement : il a ainsi proposé d’accompagner tous les trois mois la formation d’un médecin qui souhaiterait passer un Diplôme inter-universitaire (DIU) en rythmologie et simulation cardiaque. En effet, pour qu’un hôpital puisse être habilité à réaliser en routine des implantations de défibrillateur cardiaque (sans que soient nécessaires des autorisations exceptionnelles), il faut que le médecin titulaire de ce DIU ait déjà réalisé au cours de sa formation une cinquantaine d’implantations. L’accès pour les Guyanais à cette intervention dans leur département représenterait un confort indéniable : en 2007, la HAS estimait que la population concernée par les défibrillateurs cardiaques implantables était de 14 000 patients par an en France, ce qui ramené à la population guyanaise (qui est un peu plus jeune) correspond à environ une soixantaine de personnes.

A.H.

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