Cygne

Paris, le samedi 14 novembre 2020 – C’est un truisme que de constater que le succès des vidéos partagées sur internet est un reflet de nos préoccupations et des tristesses du temps. Ainsi, est-il peu étonnant que la grâce de Marta Gonzalez ait séduit tant d’internautes anxieux à travers le monde. Les crises que nous traversons actuellement et notamment la fameuse crise sanitaire n’ont pas le pouvoir de mettre entre parenthèse nos interrogations existentielles. Au contraire, l’épidémie et surtout les mesures qui lui sont opposées pourraient renforcer nos peurs ontologiques : car comment espérer une pérennité quand nos organisations séculaires sont si facilement et si rapidement remises en question par le seul fait d’un virus ?

Souffle

Ainsi est l’internaute qui subit son second confinement, se demandant si la culture, les ballets, les opéras, toutes ces choses non essentielles mais qui apparaissaient pourtant constituer le sel de l’existence, son surplus d’humanité, reviendront un jour. Ainsi, est l’internaute quand il découvre Marta Gonzalez. C’est une minuscule femme, presque décharnée, dans un fauteuil roulant. Accablée par les heures qui se sont écoulées sans lumière, recroquevillée sur des articulations usées, elle flotte dans une chemise trop grande pour elle. Elle porte un casque. Elle entend le souffle de Tchaïkovski, la puissance de cette musique qui s’emporte, Le lac des cygnes. Et soudain, son corps ne flotte plus dans sa chemise trop grande pour elle, mais prend la forme d’un vol. Les bras se détendent et dessinent les arabesques de l’ancienne danse. Les images sont superposées avec celles, en noir et blanc, d’une danseuse. D’un cygne blanc il y a des décennies.

Libération

Ces images ont été diffusées par l’association espagnole Musica para despertar (la musique pour se réveiller) qui plébiscite le recours à la musique pour soutenir les personnes atteintes de maladies neurodégénératives. Marta Gonzalez est une ancienne danseuse espagnole, décédée récemment, qui avait un temps été danseuse étoile au Ballet de New York, comme le révèle un certificat publié par l’association. L’éveil de ses souvenirs et de son corps sous l’effet de la musique fait écho à quelques histoires célèbres de danseurs qui, l’âge venant et la mémoire s’affaiblissant, ont pourtant conservé au-delà des troubles neuronaux le souvenir précis de pas ou de mouvements. Surtout, il a été reçu comme un témoignage, un cygne d’espoir sur nos vies et nos devenirs, montrant qu’il n’y a pas de confinement absolu pour les passions et les notes de musique.

Pour s’en convaincre regardez cette vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=owb1uWDg3QM

Aurélie Haroche

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