Déjà, la médecine moderne perçait sous Bonaparte…

Paris, le samedi 8 mai 2021 – Nous en fêterons dans trois jours le bicentenaire. L’enfant n’avait que quelques mois, mais son père n’hésita pas. En sa présence, il fut vacciné contre la variole. L’événement bien sûr eut un impact important, d’autant qu’une véritable publicité en fut faite par l’Empereur lui-même.

Campagne vaccinale : la communication comme arme majeure

Mais plus qu’une première étape, la vaccination du roi de Rome le 11 mai 1811 représente plus certainement une apogée. Dès la fin des années 1790, Bonaparte s’était en effet intéressé aux travaux d’Edward Jenner, pour lequel il avait une profonde sympathie, sympathie qui n’était sans doute pas étrangère au fait que le médecin était méprisé par l’aristocratie britannique. Il accepta même en réponse à une demande du praticien de libérer des prisonniers anglais. Très tôt convaincu de l’intérêt de la vaccination, Napoléon perçoit également rapidement l’importance de la communication pour lever les réticences des populations. C’est ainsi qu’il n’hésite pas en 1802 à faire au sein de l’armée un important battage autour de la vaccination contre la variole du fils du docteur René-Nicolas Dufriche, baron Desgenettes (médecin en chef lors de la campagne d’Egypte). S’il se montre si prompt à mettre en exergue le moindre exemple de vaccination c’est que Napoléon Bonaparte est convaincu que pour être efficace une campagne de vaccination doit être massive (sans pour autant recourir à l’obligation). Dans ce contexte, l’immunisation du Roi de Rome constituera une étape décisive : avant la fin de l’Empire, un enfant sur deux sera vacciné dans la moitié des départements français, contribuant à un déclin significatif de la maladie. La campagne s’appuya sur les travaux de la Société pour l’extinction de la petite vérole (dont la création avait été soutenue par l’Empereur) et avec le concours des préfets et des maires. Les outils de persuasion reposaient encore et toujours sur l’exemple : les noms des familles qui avaient refusé la vaccination et qui étaient frappées par la variole étaient rendus publics, mais il demeurait interdit de priver ces récalcitrants de droits ou de les sanctionner financièrement.

L’Empire de la raison médicale

Cette campagne vaccinale qui fait tant écho à notre actualité rappelle combien l’épopée napoléonienne, si certains veulent en souligner les zones d’ombre, aura marqué (entre autres) l’avènement de la médecine moderne. C’est en effet sous l’Empire et grâce à l’impulsion de Napoléon que la médecine a commencé son réel détachement avec la superstition. Après les l’anticorporatisme de la période révolutionnaire qui avaient entraîné la fermeture des facultés pour permettre à chacun d’exercer librement la médecine, les Ecoles de santé sont rétablies et redeviennent des Facultés en 1808, tandis qu’est abolie par la loi du 19 ventôse An XII (10 mars 1803) la liberté d'exercer la médecine sans diplôme.

Les prémices du maillage hospitalier actuel

Derrière ce rétablissement, c’est l’avènement d’une nouvelle ère qui est à l’œuvre, sous l’impulsion de Jean-Nicolas Corvisart. L’homme avait été consulté par Napoléon encore Bonaparte en 1801 alors que celui-ci souffrait de maux d’estomac. Séduit par l’énergie du praticien, il le nomme à peine quelques jours plus tard Médecin du gouvernement. Désireux de soustraire la médecine à l’influence des croyances et des théories philosophiques, Corvisart fonde les principes d’un enseignement médical hospitalo-universitaire, afin de toujours solidement allier expérience pratique et connaissances théoriques. C’est la naissance notamment de l’internat. Pour le Dr Jean-Noël Fabiani, chirurgien cardiaque et spécialiste de l’histoire de la médecine, il ne fait aucun doute que c’est sous l’Empire que naît l’organisation hospitalière moderne. Il rappelle en effet que l’Empereur a imposé à « tous les maires de villes importantes d’avoir un hôpital dans sa ville ».

Médecine de guerre

Le désir de Napoléon de transformer la société française ne pouvait en effet faire l’impasse sur la santé publique. Ainsi, c’est sous son égide que se dessinent les prémices de l’épidémiologie, avec une volonté de mieux connaître l’incidence de certaines pathologies. L’Empire voit également naître les fondements de la médecine sociale, qui caractérise la France, avec l’obligation faite aux médecins de prendre en charge gratuitement les pauvres. S’ils recevaient théoriquement pour ce faire une indemnisation, celle-ci n’était cependant que très irrégulièrement payée. Enfin, d’une façon indirecte et souvent meurtrière, l’épopée napoléonienne, comme toutes les périodes guerrières a favorisé certaines innovations chirurgicales. Les docteurs Larrey et Percy ont ainsi participé à différentes premières, qui se sont parfois soldées par des échecs, tandis qu’étaient également mises en place les ambulances volantes pour prendre en charge les blessés sur le champ de bataille. Cependant, la Grande Armée n’a pas toujours bénéficié d’une médecine optimale, son caractère tentaculaire entravant inévitablement la qualité des soins.

Tenir la corde

L’accompagnement par Napoléon de la naissance de cette organisation médicale moderne, cette confiance dans la vaccination, ce souhait d’améliorer la salubrité publique, n’empêchait pas l’Empereur de se montrer parfois pour lui-même suspicieux vis-à-vis des médecins. S’il comptait une garde rapprochée de huit praticiens, dirigés par le bon Corvisart, il conservait cependant certaines réserves à leur égard. Sans parler de son dernier médecin, le Dr Francesco Antommarchi, qu’il avait pourtant lui-même choisi, mais qu’il considérait comme si inutile et ignare, qu’il lui avait promis de lui léguer de quoi s’acheter une corde pour se pendre.

Rappelons pour finir que c’est lui, en toute clairvoyance, qui avait subodoré un cancer de l’estomac à l’origine de ses maux et avait envisagé le caractère héréditaire de l’affection en demandant quelques jours avant sa mort que l’on procède à son autopsie pour avertir son fils s’il s’agissait bien d’un squirre dont était décédé Charles Bonaparte son propre père en 1785…   

Aurélie Haroche

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