Du rassurisme au sectarisme…

Paris, le samedi 21 août 2021 - La semaine a semblé être marquée par un sursaut des institutions marseillaises contre des personnalités hautes en couleur, qui si elles sont controversées, jouissent également d’une forte aura à Marseille et au-delà. Ainsi, a-t-on appris que l’Assistance publique-hôpitaux de Marseille (AP-HM) et l’Université d’Aix-Marseille (AMU) avaient l’intention à la rentrée de proposer au conseil d’administration un changement de présidence de l’Institut hospitalo-universitaire. Objectif, en finir avec l’ère du professeur Raoult, dont les plus récents propos sur le vaccin contre la Covid, ont fini d’exaspérer ceux que ses positions iconoclastes ont toujours fait grincer des dents. Parallèlement, l’AP-HM rappelait que le docteur Louis Fouché, qui fut anesthésiste-réanimateur dans le service des grands brûlés de l’hôpital de la Conception ne travaillait plus aujourd’hui dans cette unité, ayant notamment demandé il y a quelques semaines sa mise en disponibilité. Il ne sera ainsi plus salarié de l’AP-HM à compter du 19 octobre. Avant cela, l’AP-HM s’était publiquement désolidarisée des propos tenus par le praticien.

Contre-productif ?

Beaucoup se sont félicités (tout en regrettant parfois leur caractère tardif) de ces prises de position vis-à-vis des deux praticiens de la cité phocéenne, dont d’aucuns considèrent qu’ils ne sont pas étrangers au retard de vaccination que l’on constate dans certains quartiers populaires de la ville. D’ailleurs, sur les réseaux sociaux, on observe qu’il n’est pas rare que les deux hommes soient cités pour justifier le refus du vaccin. Cependant, la distance prise par les institutions officielles peut également accroître la figure de « gourou » de ces « rebelles » en leur conférant une aura de « martyr », tandis que l’identification est d’autant plus facile pour ceux qui souvent se sentent « exclus » de la société. C’est ce que résumait dans le Monde il y a quelques semaines le Dr Olivier Joannes-Boyau, président du comité réanimation de la Société française d’anesthésie-réanimation à propos du Dr Louis Fouché « Quand Fouché raconte des énormités, plus on va contre, plus ça alimente son délire ».

Brillant mais atypique

S’il est difficile de mesurer l’impact des mesures d’éviction qui peuvent être prises contre ceux qui sont devenus de véritables héros (et héraut ?) pour les milieux complotistes et antivaccins, un parcours tel celui du docteur Louis Fouché ne peut qu’interroger sur la façon dont certaines personnalités dérivent d’une carrière apparemment toute tracée à des mouvances presque sectaires. A première vue, Louis Fouché avait tout du jeune homme brillant, promis à une belle carrière. Après avoir fait hypocagne et des études de philosophie et d’histoire antique, il s’oriente vers la médecine et choisit la difficile spécialité d’anesthésie-réanimation. Ses anciens camarades d’internat et même certains de ses professeurs se souviennent de lui comme d’un jeune homme brillant. Cependant, déjà les prémices d’une certaine tendance à la contestation est remarquée : elle est d’abord perçue comme une forme d’originalité et d’audace (ses discours contre l’industrie pharmaceutique marquent ainsi les esprits). Sans doute, son éloquence et sa façon d’émailler ses propos de références philosophiques et historiques savaient déjà à l’époque séduire son auditoire.

Dictature et vaccins mortels

C’est ce qui probablement est le premier ingrédient qui explique le succès de Louis Fouché. S’y ajoute évidemment le discours anti-doxa sur l’épidémie, qui est allé crescendo. Après des appels à dédramatiser (qui s’appuyaient sur une expérience quelque peu faussée puisque son service de réanimation dédié aux grands brûlés a été bien moins mobilisé que d’autres), il a bientôt clairement orienté son discours contre les mesures sanitaires. Non content d’en discuter la proportionnalité, il a rapidement fustigé « une dictature ». Aujourd’hui il concentre son discours sur les vaccins, qu’il considère comme responsables d’une « mortalité inédite » comme il l’explique sur son site ReinfoCovid.

Collectif en trompe l’œil

La lecture de ce portail rappelle tout d’abord combien les mouvements complotistes sont attirés par les injonctions contradictoires. Ils mettent ainsi souvent en avant la force du « collectif » qu’ils opposent aux élites individualistes et corrompues. De fait, Louis Fouché aime à affirmer comme il l’a fait au Monde il y a quelques semaines : « Nous sommes plus de trente-cinq porte-parole, 1 950 médecins et universitaires, 2 000 soignants, Fouché n’est qu’un parmi d’autres », assure-t-il. Pourtant, difficile d’ignorer que « Fouché » est quasiment sur toutes les pages et qu’une forme de « culte » autour de sa personnalité n’est pas étrangère au petit succès de son site.

Paradoxes apocalyptiques

On retrouve par ailleurs dans certains articles, une forme d’écriture « mystique ». L’éditorial d’introduction énonce ainsi que grâce aux « médias alarmistes, aux politiques dictatoriaux, aux scientifiques corrompus ou dogmatiques », une « révélation » a été possible. Quittant l’ironie, le texte assure « Cette crise est une révélation, un dévoilement, une apocalypse. Et après l’apocalypse vient un autre monde ». Tant pis pour le paradoxe qui consiste à reprocher les excès de dramatisation des uns pour l’instant d’après annoncer l’apocalypse (!). Les mouvances complotistes ne s’embarrassent pas de ce type de contradictions, mais sont friands de ces explications holistiques, ou tout trouve son sens. Et concernant l’autre monde, Louis Fouché a déjà une idée. Il dit rêver d’une société alternative inspirée du mouvement des Colibris, « un écolieu », où seraient utilisées de nouvelles monnaies. Il s’agirait explique-t-il encore au Monde de « sortir de l’idéologie anxieuse néolibérale technosanitariste transhumaniste mondialisée » (!), et de refaire « du “je” individué et du “nous” pluriel ».

Tout un programme. Qui pour beaucoup d’observateurs ressemble à s’y méprendre à une forme de secte.

L.C.

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Vos réactions (1)

  • C'est le moins qu'on puisse faire ...

    Le 21 août 2021

    Il ne faut pas oublier et ces deux personnes ne semblent pas en être conscientes qu'égarer des milliers de personnes c'est en tuer un plus grand nombre. On n'est pas dans un congrès où les médecins sont habitués à ce que des "experts" bataillent avec, souvent, des arguments fallacieux et à qui on a appris à "faire la part des choses" (voir l'épreuve de lecture critique d'articles de l'ECN). Ici on a affaire à des contestataires chroniques (je parle de ceux qu'on voit dans les manif's anti passe) qui vont se jeter sur la moindre dissonance pour exprimer leur mépris de l'évidence scientifique la plus élémentaire. Ces deux individus n'en sont pas conscients et les écarter est le minimum qu'on puisse faire ... J'irais jusqu'à dire que des procès ont été intentés pour des faits responsables de bien moins de victimes.

    Dr Claude Krzisch

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