Eloge de la passion

Paris, le vendredi 22 février 2019 - C’est un terme qui aux passionnés de danse classique évoque un geste technique dont la maîtrise est le signe d’une longue expérience, d’un entraînement patient et d’une bonne connaissance de son corps. C’est un terme qui aux béotiens suggérera, appliqué à la danse classique, une certaine violence, une envolée, un dynamisme. C’est un terme qui fait naître des images d’Epinal : des silhouettes longilignes se dressant en juste au corps serré. Et il y a eu Lizzy Howell.

Détermination

Son fouetté est parfait. Il ne souffre d’aucune imprécision, d’aucune hésitation. Lizzy l’exécute avec fierté et une maîtrise sensible de tous les aspects de ce geste : à la fois technique et lyrique. Postant sa performance sur Instagram, Lizzy Howell est devenue un phénomène sur internet. Si elle assure qu’elle n’avait nullement l’intention de susciter une telle réaction, elle avait néanmoins la volonté de démontrer que le fouetté de danse classique peut être maîtrisé par tous ceux qui travaillent avec détermination pour y parvenir. Et Lizzy Howell y est parvenue.

Impossible de renoncer

La vie de cette adolescente de dix-sept ans du Delaware a été marquée par les drames. L’enfant perd sa mère à l’âge de cinq ans et voit alors ses formes un peu rebondies de petite fille se transformer en surpoids et en obésité. La petite fille découvre par ailleurs peu de temps après la mort de sa mère qu’elle est atteinte d’hypertension intra-crânienne. Très tôt, cette enfance ainsi malmenée favorisera les épisodes d’anxiété et de dépression. Mais Lizzy est une sportive. Très jeune, elle multiplie les activités physiques : natation, football ou encore danse. C’est dans cette dernière discipline que la petite fille s’épanouit le plus, mais c’est également dans cette discipline qu’elle connaît les plus fortes discriminations. Quand elle a neuf ans et alors qu’elle a peu à peu abandonné ses autres activités pour se consacrer à la danse, son professeur prend sa tante à part pour lui expliquer que Lizzy ne pourra plus espérer être choisie pour les meilleurs rôles dans Casse-Noisette si elle ne perd pas du poids. La petite fille est bouleversée. Pendant dix jours, elle ne revient pas au cours de danse, mais finit par constater « il m’est impossible de ne pas danser ». Alors, elle multiplie les écoles pour tenter de trouver un professeur capable d’accepter sa différence et finit par intégrer un institut qui accueille tout aussi bien des jeunes filles en surpoids, que des sourds ou des aveugles. Depuis Lizzy Howell danse tous les jours et s’astreint à la discipline du ballet, tout en expérimentant également des danses plus modernes. Si la discipline du ballet est particulièrement âpre, elle sait qu’elle est à la base de tout et se montre donc parfaitement assidue.

Face à la haine, la passion

Malgré sa silhouette et ses problèmes de santé, malgré l’anxiété qui la ronge régulièrement, Lizzy ne jouera pas les seconds rôles. Avec son école, elle a multiplié les participations dans des ballets (dont le fameux Casse-Noisette). Surtout, elle est devenue une véritable star sur internet et a été choisie pour incarner la campagne Dancing for you dont l’objectif est la sensibilisation des personnes handicapées et pour faire partie du programme Capture Confidence lancé par Instagram qui met en avant la façon dont les filles peuvent nourrir leur confiance en elle. Bien sûr, Lizzy est une ambassadrice pour les enfants atteints de surpoids : elle montre la possibilité de dépasser la stigmatisation et la peur. D’ailleurs, la jeune fille ne prend jamais la peine d’effacer les injures qu’elle reçoit sur son fil Instagram pour bien montrer la persistance d’un climat de haine vis-à-vis des personnes différentes.

Mais le message qui est le plus important pour l’adolescente est celui qui concerne la nécessité de nourrir une passion. « Quand je me sens triste, je danse et je me sens alors mieux. Quand je me sens heureuse, je danse et je suis alors encore plus libre. Si vous avez une passion, vivez là au maximum », insiste la jeune fille.

Aurélie Haroche

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