Et en même temps !

Paris, le samedi 10 juin 2017 – Face à certains parcours, l’incrédulité vous saisit. Un savant mélange de génie, de légende, d’incongruité ne peut que forcer l’admiration et tout en même temps un léger sentiment de décalage. Quand tant d’autres vies s’acheminent sans aspérités, sans voyages et sans emballées, d’autres multiplient les surprises et les rebondissements.

Séoul, 1983. La capitale sud-coréenne vient de connaître un important boom économique, qui sauvage, a laissé une partie de la population à l’abandon. Les réussites flambantes côtoient les plus grandes misères. Aux portes de la cité dont les tours commencent à se dresser, les bidonvilles sont des symboles de détresse et de saleté. C’est ici qu’est retrouvé un petit garçon dans ses langes. Il a trois mois, tout au plus. Aucune indication sur son identité. Juste une date griffonnée, probablement celle de sa naissance : 15 avril 1983. L’enfant est retrouvé par la police et placé en vue de son adoption. Un couple de Français, vivant à Langres (Haute-Marne) déjà parents adoptifs de quatre enfants, recueille le nourrisson. Il  est baptisé Joachin.

Du karaté aux sciences cognitives

Malgré cette famille nombreuse, l’enfance est solitaire. Le petit garçon n’aime pas l’école. Dans la famille Son-Forget, on est attentif au bien être des enfants et on l’inscrit à des cours par correspondance. Une méthode qui ne l’empêchera pas de décrocher son bac scientifique. Les matières scolaires n’intéressent pas beaucoup Joachim. Mais il est curieux de tout. Ainsi, son goût pour le karaté ne se limitera pas à un hobby, c’est à travers la pratique de ce sport qu’il s’intéresse au « fonctionnement entre le cerceau et le corps », aux liens entre philosophie et sciences. Pour approfondir ses interrogations, il se lance dans un parcours ambitieux : l’Ecole normale et la médecine. Partout, il excelle. Il complète ce brillant cursus d’un doctorat en sciences à l’Ecole polytechnique française de Lausanne (EPFL) consacré à la perception subliminale et aux sciences cognitives, auxquelles il a été initié par le spécialiste Stanislas Dehaene.

Jamais longtemps amateur

La Suisse l’a conquis. Il s’y installe en tant que radiologue spécialiste du cerveau. Il partage sa vie entre Lausanne et Genève où il vit avec sa femme, sa fille et son fils né d’un premier mariage. Les voyages en train lui permettent d’écouter de la musique, son autre passion. Après des années de piano dans l’enfance (il a même enregistré un disque d’œuvres de Chopin à l’âge de 16 ans), il a découvert après son divorce la douceur du clavecin. Là encore pas question de se contenter de quelques notes : après quelques années de pratique, il est devenu un interprète reconnu qui s’est même produit sur la scène du Victoria Hall à Londres.

Défenseur de la francophonie et amoureux de la pratique médicale

Une vie si remplie lui offre pourtant le temps de s’intéresser à la politique et notamment à celle de la France dont il se sent si proche. En 2012, il s’inscrit même au Parti socialiste, dont il pense partager les valeurs, suit de près la campagne, mais se montre déçu des querelles internes. Il pense avoir définitivement fait le tour de la politique. Mais en avril 2016, le médecin rencontre Emmanuel Macron dans le cadre du Club XXIe siècle, qui regroupe des personnalités de la "diversité". Il est très vite séduit par le jeune politicien, avec lequel il partage le goût de la musique (le Président de la République est pianiste) et l’infatigabilité (les deux hommes ont besoin de peu de sommeil). Conquis, il accepte de porter la voix du leader d’En Marche en Suisse. Candidat dans la circonscription des Français de Suisse et du Liechtenstein, il a remporté plus de 65 % des voix dimanche dernier, confirmant une fois encore que sa qualité de novice ne l’empêchait nullement d’exceller. En quelques mois, ce solitaire qui ne décrochait que quelques mots hostiles à ses camarades de collège a réussi l’exploit à faire passer son comité de soutien de quelques personnes à 1 500. Surtout, travailleur acharné, il connaît parfaitement ses dossiers et les préoccupations premières de ses électeurs. « Les droits de succession et le dossier CSG-CRDS. Ce sont deux sujets importants. Puisqu’en Suisse on n’a plus de protection contre la double imposition des successions depuis 2015. En ce qui concerne le dossier CSG-CRDS, c’est une taxation injuste, non conforme à la loi européenne. Une autre de mes priorités serait l’amélioration de l’enseignement du français à l’étranger. Il y a de vrais problèmes puisqu’en Suisse alémanique, cet enseignement était autrefois assuré par le fait que le Français est une des langues officielles de Suisse. Seulement, en Suisse alémanique, beaucoup d’initiatives visent à supprimer une troisième langue dans l’enseignement primaire. (…) Je souhaite donc m’engager fortement, et je voudrai créer un label Francophonie d’excellence en intéressant des personnalités françaises du monde économique ou culturel à intervenir, afin de redorer le blason de la Francophonie en Suisse alémanique » énumérait-t-il récemment au Petit Journal.

Mais s’il est (très probablement) élu ce dimanche, Joachim Son-Forget n’abandonnera pas la médecine. Il souhaite pouvoir consacrer au moins une demi-journée par semaine et une nuit (!) à l’exercice de la radiologie : « Je ne souhaite pas perdre toute mon expérience médicale » explique-t-il.

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article